73 000 bornes en Italie… mais 11 000 hors service : pourquoi la transition électrique coince
Fin 2025, l’Italie revendiquait 73 047 points de recharge répartis dans environ 36 500 stations — un chiffre flatteur sur le papier et qui, statistiquement, place le pays parmi les mieux équipés d’Europe. Sauf qu’en creusant, la réalité est moins reluisante : près de 15 % de ces points (10 957) sont installés mais non opérationnels. Entre disparités régionales, lenteurs administratives et retards d’activation, ce décalage entre « installé » et « utilisable » menace de ralentir la montée en puissance réelle de la mobilité électrique.
Nord vs Sud : une distribution inégale
La répartition géographique est le premier facteur d’un réseau « à deux vitesses ». La Lombardie concentre à elle seule 15 836 bornes, et le Centre représente environ 20 % du total. À l’inverse, le Sud et les îles disposent de beaucoup moins d’infrastructures : à peine trois points sur dix. Ce déséquilibre se traduit par une expérience utilisateur très différente selon que l’on circule autour de Milan ou dans une zone rurale de la Calabre.
Pourquoi tant de bornes restent inactives ?
Plusieurs causes se combinent :
Le résultat : des infrastructures physiques existantes mais inutilisables, créant une fausse impression de couverture et pénalisant directement l’usager.
Autobahn et charge rapide : progrès mais fragilités
Sur les corridors autoroutiers, l’Italie déclare 1 374 points dont 62 % délivrent plus de 150 kW — un bon indicateur pour la mobilité longue distance. En élargissant le périmètre aux bornes situées à moins de 3 km des sorties, ce chiffre monte à 4 170. Malgré cela, des retards d’appels d’offre et des délais d’activation chez certains concessionnaires autoroutiers risquent de compromettre la conformité aux obligations européennes (AFIR) et d’exposer le pays à des pénalités ou à des corrigenda coûteux.
Le mythe des chiffres : densité vs disponibilité
Sur le papier, l’Italie affiche un point de charge pour environ six voitures électriques — un ratio supérieur à plusieurs voisins européens. Cependant, ces moyennes masquent l’inégalité territoriale et la fiabilité opérationnelle. Ce qui compte pour l’utilisateur, ce n’est pas le nombre total de bornes mais la probabilité qu’une borne signalée soit effectivement disponible et fonctionne correctement lorsqu’on en a besoin.
Conséquences concrètes pour les conducteurs et les flottes
La racine du problème : bureaucratie et manque de coordination
Opérateurs publics et privés décrivent une « jungle » de procédures : des exigences locales variables, des délais de permis indéfinis et des problèmes de raccordement rendent l’industrialisation de la pose et l’activation des bornes inefficaces. Les associations du secteur réclament une simplification et une standardisation des pratiques pour accélérer la mise en service réelle des installations.
Quelles priorités pour rattraper le retard ?
Risques réglementaires : la pression de l’Europe
Les règles AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation) imposent des obligations de déploiement et de performance. Si les délais d’activation et la qualité du parc ne suivent pas, l’Italie pourrait se retrouver dans une position délicate face à la Commission européenne, avec des remédiations à prévoir et des coûts potentiels pour rattraper le retard.
Conseils pratiques pour l’usager aujourd’hui
Un potentiel énorme à condition d’en finir avec les blocages
L’Italie dispose d’un parc installé important et d’une densité de bornes prometteuse. Mais sans accélération des mises en service réelles, sans maintenance efficace et sans résorption des inégalités régionales, ces chiffres resteront partiellement virtuels. Transformer l’infrastructure en service fiable, accessible et réparti équitablement est désormais l’enjeu central pour que la mobilité électrique devienne véritablement inclusive et opérationnelle sur l’ensemble du territoire.

