BMW joue l’ouverture technologique avec la cinquième génération de son X5 (code G65) : l’objectif déclaré est simple et ambitieux — proposer « le bon moteur au bon client » en offrant une gamme complète d’architectures propulsives. De l’essence et du diesel hybridés au plug‑in, en passant par le tout‑électrique et même une déclinaison à hydrogène, la nouvelle X5 se veut un caméléon du segment SUV premium. Nous avons pu approcher trois prototypes et en tirer quelques enseignements concrets sur la stratégie, le châssis et le comportement de cette génération très polyvalente.
Une plate‑forme pensée pour la diversité
La philosophie centrale du G65 est technique : un châssis fortement rigidifié et dimensionné pour accueillir des architectures très différentes sans sacrifier la tenue de route ni la qualité de roulage. BMW a travaillé les « last paths », les passages de charges, pour que la structure supporte aussi bien la masse d’un pack batterie de 141 kWh que l’implantation d’un groupe thermique longitudinal. Les suspensions de base — double triangulation à l’avant, multibras à l’arrière — restent communes, mais la modularité se joue au niveau des éléments périphériques : points de fixation, renforts, emplacements de refroidissement et guides de câblage.
Châssis et confort : l’équilibre retrouvé
Sur route, le prototype plug‑in (X5 50e xDrive) nous a frappés par sa capacité à concilier confort et dynamisme. BMW revendique une structure très rigide, complétée par des ressorts progressifs ou des pneumatiques selon les versions, et des options telles que la suspension pneumatique, la direction intégrale et des barres anti‑roulis actives. Le résultat est un SUV étonnamment serein : même avec des pneus de 22 pouces, la voiture filtre efficacement les irrégularités tout en restant directe en entrée de courbe.
Les moteurs : du six cylindres au pack batterie massif
La gamme thermique s’appuie sur des six cylindres en ligne — essence et diesel — avec une architecture mild‑hybrid pour réduire les consommations. Un V8 est prévu ultérieurement pour les amateurs de couple massif. Le plug‑in testé combine un M58 six‑cylindres et une machine électrique hébergée dans la boîte : le système développe 490 ch et un couple très généreux, permettant d’abattre 0‑100 km/h en environ 5 s selon BMW. Mais l’essentiel n’est pas la performance absolue : c’est la manière dont l’ensemble déroule avec douceur et imperceptibilité des transitions entre thermique et électrique.
iX5 : l’électrique « grosse batterie »
La version 100 % électrique iX5 se distingue par des solutions techniques ambitieuses : batterie massive de 141 kWh (144 kWh pour les États‑Unis) et architecture 800 V. L’intérêt est double : autonomie élevée et possibilité de recharges DC rapides. BMW annonce jusqu’à 578 ch pour la iX5 60 xDrive (deux moteurs) et des chiffres de couple et de reprises impressionnants. Malgré près de 600 kg d’écart poids, la déclinaison électrique parvient à conserver l’ADN routier du X5 grâce à une gestion sophistiquée de la rigidité et du centre de gravité.
« Heart of Joy » : l’électronique au service du comportement
Un des mots‑clés de cette génération est « Heart of Joy », la nouvelle unité de commande centrale qui orchestre en temps réel moteur, direction, freinage, récupération et gestion de la traction. BMW met en avant une latence bien plus faible que par le passé, ce qui se traduit par une réponse plus homogène et une coordination plus fine entre les organes. Concrètement, le feeling global est très cohérent : les aides agissent en coulisse, la voiture ne donne pas l’impression d’un empilement de composants disparates.
Aspects pratiques et ergonomie
L’intérieur reprend les évolutions récentes du groupe : Panoramic Display, commandes situées là où on les attend, et une ergonomie revue pour la présentation des informations. BMW a conservé une approche orientée conducteur, avec des interfaces qui priorisent la lecture rapide des paramètres de conduite. Les « winglets » — poignées de porte angulaires — et d’autres touches esthétiques renforcent l’identité visuelle tout en restant pragmatiques.
Comportement routier : calme, précis, puissant
Le plug‑in testé se distingue par son calme et sa précision. La direction est nette, l’architecture de la suspension permet de juxtaposer confort sur voies dégradées et tenue de cap sur l’autoroute. En mode électrique, la réponse est immédiate ; en mode combiné, le basculement se fait sans à‑coups notables. Même la version tout‑électrique conserve une sensation de masse maîtrisée et un comportement digne d’un SUV premium sportif — preuve que BMW a fortement travaillé la mise au point pour que toutes les variantes partagent une sensation de famille.
Points techniques à surveiller
Calendrier prévisionnel
BMW annonce un lancement commercial fin 2026 pour la plupart des versions, suivi d’une disponibilité BEV au printemps 2027 et d’une version V8 en 2028. Le timing suggère une montée en cadence progressive, avec priorisation des motorisations répondant aux marchés les plus matures — électrique et hybrides — puis extension vers les motorisations plus traditionnelles selon la demande régionale.
Avec le G65, BMW joue une carte stratégique : rester fidèle à l’identité X5 tout en offrant une palette complète d’options techniques. Pour le client, c’est une promesse de choix. Pour l’industrie, c’est une démonstration que la modularité et la robustesse peuvent côtoyer l’innovation sans compromettre le comportement routier. Reste à voir comment le marché absorbera cette diversité et si BMW parviendra à maintenir la cohérence de conduite entre des véhicules aussi différents sous la même carrosserie.

