BYD refuse Maserati : pourquoi l’offre n’entrait pas dans la stratégie chinoise et quelles options pour Stellantis ?
Les rumeurs de rachat de Maserati par des groupes étrangers ont circulé ces derniers mois, et nombre d’observateurs imaginaient BYD, le géant chinois de l’électrique, comme un candidat plausible. La réalité est tout autre : Stella Li, vice‑présidente de BYD, a démenti catégoriquement toute intention d’acquérir Maserati. Ce refus, franc et public, pose plusieurs questions : pourquoi BYD n’est‑il pas intéressé, quelles sont les conséquences pour Maserati et surtout quelles voies disposent Stellantis et la marque au trident pour sortir de la crise actuelle ?
Le refus de BYD : une logique stratégique cohérente
La réponse de BYD n’est pas une simple posture. Le groupe chinois a une stratégie très structurée : se positionner comme leader technologique global dans l’électromobilité, développer ses propres usines en Europe et industrialiser ses plateformes. L’acquisition d’une marque de niche, de prestige et au positionnement très européen comme Maserati, ne cadre pas avec ce plan. BYD veut étendre sa capacité de production locale, optimiser ses propres gammes et déployer ses technologies maison — racheter une marque artisanale, aux volumes faibles et aux besoins de repositionnement coûteux, ne l’aiderait guère à atteindre ces objectifs.
Les raisons profondes du désintérêt
La situation réelle de Maserati : chute des volumes et nouveau cap
Les chiffres sont parlants : le premier semestre 2026 affiche une contraction drastique des immatriculations de Maserati, avec une baisse d’environ 37 % à l’échelle mondiale selon les données évoquées. Aux États‑Unis la chute approche les 46 %, en Italie elle dépasse les 39 %. Plusieurs facteurs expliquent ce recul : la disparition progressive des modèles volumineux comme la Ghibli, la Quattroporte et le Levante, la transition forcée loin des V8 qui faisaient partie de l’ADN de la marque, et un positionnement produit qui n’a pas encore trouvé son nouveau cap dans l’électrification.
Face à cela, Maserati a redéfini ses objectifs : abandonner l’ambition d’atteindre 50 000 unités annuelles pour se concentrer sur la rentabilité et l’exclusivité, visant désormais 15 000 à 20 000 voitures par an. C’est un revirement stratégique qui vise à restaurer la marge au détriment du volume, mais qui nécessite un repositionnement produit et prix réussi.
Stellantis : vendre ou coopérer ?
Stellantis, propriétaire de Maserati, insiste sur le fait que la marque « n’est pas à vendre ». Les discussions évoquées récemment concernent davantage des partenariats technologiques ou industriels que la cession pure et simple. Concrètement, Stellantis chercherait à sécuriser des accords qui permettent à Maserati d’accéder à des savoir‑faire externes (batteries, plateformes, chaînes de production spécialisées) sans renoncer à la maîtrise de la marque.
Les modèles futurs de Maserati dépendront des partenaires
Les prochains lancements, nommément les successeurs du Levante et de la Quattroporte, doivent beaucoup à la capacité ou non de Stellantis à nouer des alliances fiables. Les calendriers de sortie sont déjà repoussés au mieux à 2029, voire 2030, car ces nouveaux modèles devront intégrer des architectures électriques ou hybrides complexes, et trouver un positionnement marché cohérent avec la nouvelle stratégie d’exclusivité.
Mesures de court terme : maintenir la marque à flot
Pour gagner du temps, Maserati met en œuvre plusieurs mesures palliatifs : mise à jour technique des modèles existants (GranTurismo, GranCabrio), adaptation du moteur V6 Nettuno sur d’autres carrosseries comme le Grecale, et préparation d’une version hybride du Grecale pour 2027. Ces améliorations doivent maintenir une offre face aux clients et préserver l’image de la marque en attendant l’arrivée des nouveaux modèles de génération suivante.
Les enjeux industriels et financiers
Scénarios plausibles
Ce que cela signifie pour le client Maserati
Pour le client, l’avenir proche signifie davantage d’exclusivité et des volumes limités. Le prix d’achat et d’entretien restera élevé, mais l’offre devrait se concentrer sur la personnalisation, la qualité perçue et des automobiles qui revendiquent une forte identité de marque. Les acheteurs historiques, attachés au V8 et à la sonorité, devront s’adapter à une ère où l’hybridation — puis l’électrification — devient inévitable.
Le refus de BYD clôt une piste, mais il n’en ouvre pas moins de nouvelles. Stellantis doit désormais accélérer la recherche de partenaires industriels pertinents, tout en préservant l’âme de Maserati. La route est étroite : préserver l’exclusivité, assurer la viabilité industrielle et préparer une transition technique rapide mais cohérente. Les annonces prévues pour l’Investor Day fourniront les éléments concrets qui permettront d’évaluer si Maserati peut réellement redresser la barre sans sacrifier son héritage.

