Pour célébrer les 70 ans de Horacio Pagani, la petite manufacture italienne ne fait pas dans la demi‑mesure : elle dévoile le Huayra 70 Trionfo, une série ultra‑limitée de trois exemplaires destinée à marquer un jalon dans l’histoire de la maison. À première vue, il s’agit d’un hommage — mais la lecture technique révèle surtout une démarche esthétique et mécanique audacieuse : mélange de tradition Huayra et d’éléments empruntés aux grandes heures des séries spéciales. Ce Trionfo illustre la capacité de Pagani à jouer sur l’émotion, l’exclusivité et la performance, tout en continuant d’affirmer son savoir‑faire artisanal.
Un habillage inédit, une filiation assumée
Si le Trionfo prend pour base la Huayra « classique », il s’en distingue immédiatement par une forte identité visuelle. Pagani ne recycle pas un modèle : il le transforme. Les influences du Codalunga Longtail sont évidentes — lignes plus tendues, appendices aérodynamiques marqués — mais Pagani pousse l’exercice plus loin avec un traitement en carbone teinté vert, rehaussé d’accents orange sur certains éléments de carrosserie. Le contraste chromatique n’est pas gratuit : il souligne à la fois la finesse du travail sur la fibre et la dimension spectaculaire de l’objet. Les portes et le cadre du pare‑brise restent les seuls vrais éléments directement hérités de la Huayra, signe que ce Trionfo est une recréation plus qu’une simple évolution.
Mécanique : un V12 biturbo AMG poussé à 834 ch
Côté moteur, Pagani reprend le bloc V12 biturbo développé par AMG — une mécanique qui a fait ses preuves chez Pagani depuis plusieurs itérations. Pour le Trionfo, la puissance déclarée atteint 834 chevaux, un chiffre qui place cette édition au niveau des hypercars les plus imposantes en termes de puissance pure. Mais l’élément qui attire particulièrement l’attention est la transmission choisie : Pagani équipe ce modèle d’une boîte manuelle sept rapports à grille ouverte. Voilà une rupture symbolique et technique importante, car la Huayra et la plupart des hypercars modernes privilégient les boîtes à double embrayage ou les unités séquentielles pour des passages de rapports ultrarapides. Le choix d’une transmission manuelle, et qui plus est avec une grille découverte, évoque une philosophie de pilotage plus analogue, volontairement engagée et centrée sur le plaisir pur du conducteur.
Un intérieur annoncé « noble », mais peu dévoilé
Pagani reste fidèle à ses standards de finition : l’intérieur du Trionfo sera composé d’un mélange d’aluminium anodisé, de cuirs fins et de textiles sélectionnés, selon les premières informations communiquées. Pagani n’a pas encore publié d’images détaillées des habitacles, mais les habitués de la marque sauront s’attendre à un travail artisanal poussé, avec des inserts métalliques usinés, des surpiqûres travaillées et des accessoires personnalisés rappelant la thématique couleur verte/orange du modèle extérieur.
Trois exemplaires : stratégie et mystique
La production est fixée à trois unités seulement. Ce chiffre réduit accroit la rareté et donc la valeur perçue — stratégie classique des artisans de l’extrême. Pagani ne précise pas si ces Trionfo seront construits sur des châssis neufs ou si la marque s’appuie sur des Huayra existantes remises à neuf et transformées. Quoi qu’il en soit, la décision de produire seulement trois unités renforce l’aura mythique autour de l’objet : chaque Trionfo devient un symbole personnel de l’œuvre et de l’héritage d’Horacio Pagani.
Pourquoi une boîte manuelle ? Un choix technique et émotionnel
La présence d’une boîte manuelle sur une hypercar de ce calibre mérite qu’on s’y attarde. D’un point de vue technique, la gestion d’un V12 biturbo sur une boîte manuelle exige un réglage précis de l’embrayage, de la liaison moteur‑boîte et des points de couple pour éviter des ruptures de la chaîne cinématique. Mais au‑delà de la technicité, il s’agit d’un choix culturel : Pagani joue la carte du lien direct entre pilote et machine, d’un engagement plus pur. Dans un monde d’assistances et d’automatismes, proposer une manuelle est un acte de résistance stylistique et sensitif — une invitation à redécouvrir le pilotage comme une expérience sensorielle totale.
Aspects techniques à surveiller
Marché, prix et destinataires
Pagani s’adresse ici à une clientèle de connaisseurs absolus, prête à investir des sommes substantielles pour acquérir non seulement un véhicule performant, mais un objet d’art mécanique. Le prix n’est pas communiqué, mais à la vue des précédentes éditions spéciales Pagani, il est raisonnable d’attendre un tarif dépassant largement le million d’euros par exemplaire. Ces voitures sont autant des déclarations de style que des investissements — destinées à des collectionneurs cherchant l’exclusivité la plus pure.
Signification pour la marque
Le Trionfo symbolise la célébration d’une trajectoire industrielle et artistique : Horacio Pagani transforme l’émotion en objet mécanique, entre artisanat d’exception et prouesse technique. Plus qu’un simple coup marketing, cette édition rappelle la capacité de Pagani à marquer l’histoire automobile par des pièces uniques, fidèles à une vision où l’esthétique et la performance ne s’opposent pas mais se complètent.
En définitive, le Huayra 70 Trionfo se présente comme une synthèse : puissance moderne, langage stylistique riche et une volonté revendiquée de faire du pilotage un acte sensuel et engagé. Attendus chez des collectionneurs avertis, ces trois exemplaires renforceront la légende Pagani tout en posant une question : jusqu’où l’artisanat automobile peut‑il repousser les limites du plaisir de conduire à l’heure du numérique ?

