VinFast agrandit sa gamme urbaine avec le VF 2, un micro‑véhicule électrique pensé pour répondre à un besoin très spécifique : combler l’écart entre le deux‑roues, omniprésent au Vietnam, et la voiture « classique », souvent trop coûteuse pour une large partie de la population. À première vue, le VF 2 évoque les kei‑cars japonais — petits, pratiques et abordables — mais une analyse technique et réglementaire montre vite que VinFast a suivi sa propre logique de conception. Voici ce qu’il faut retenir du VF 2 et pourquoi il ne doit pas être confondu avec un kei‑car.
La fiche technique en bref
Le VF 2 est un quadricycle 4 places, propulsion arrière, animé par un moteur de 30 kW (41 ch) et délivrant 65 Nm de couple. Sa vitesse maximale est bridée à 80 km/h, ce qui en fait un véhicule typiquement urbain. L’énergie provient d’une batterie d’environ 18,3 kWh (capacité utile) et le constructeur annonce une autonomie pouvant atteindre 210 km selon la norme locale peu exigeante. La recharge en courant continu est possible jusqu’à 24 kW, permettant un passage de 10 à 70 % en 34 minutes. Côté équipement, on trouve l’essentiel : un écran central 7 pouces, climatisation, phares LED, roues en alliage 13 pouces, radio et deux haut‑parleurs. En sécurité, l’arsenal reste minimal : ABS, contrôle de traction et un seul airbag conducteur.
Pourquoi il ressemble à un kei‑car — mais n’en est pas un
Visuellement et par sa vocation (micro‑voiture citadine), le VF 2 reprend les codes du kei‑car : dimensions compactes, faible puissance et orientation économique. Cependant, la classification réglementaire japonaise impose des limites dimensionnelles très précises : largeur maximale 1,48 m, longueur maximale 3,40 m, hauteur maximale 2,00 m, et pour les moteurs thermiques, un cylindre de 660 cm³ et une puissance plafond de 64 ch. Le VF 2 mesure 3,09 m de long et 1,66 m de haut — parfait — mais sa largeur frôle 1,50 m, dépassant de peu la barre autorisée au Japon. Cette petite différence suffit à l’éjecter de la catégorie Kei, et il n’a d’ailleurs jamais été conçu pour répondre à ces règles : VinFast vise le marché domestique et la concurrence directe des micro‑EV chinois, en particulier le Wuling Hongguang Mini EV.
Positionnement prix et marché
Affiché autour de 188 millions de dongs (≈ 6 800 €), le VF 2 se place comme une proposition extrêmement bon marché pour un véhicule électrique quatre places. C’est un argument décisif dans des pays où l’accès à la voiture individuelle reste limité par le coût. VinFast joue la carte du volume et de l’accessibilité : un prix bas, une autonomie correcte pour la ville et une recharge rapide pour les trajets plus longs ou les récupérations d’énergie entre deux usages.
Autonomie et performances : réalistes pour l’usage visé ?
L’autonomie annoncée de 210 km sur une norme locale optimiste annonce une capacité largement suffisante pour une utilisation urbaine et périurbaine ; en usage réel, surtout en conditions mixtes, on peut toutefois s’attendre à des valeurs inférieures. La vitesse de pointe limitée à 80 km/h confirme la vocation strictement citadine du véhicule : il n’est pas pensé pour des trajets autoroutiers prolongés ni pour des dépassements soutenus. Le moteur de 30 kW offre des relances correctes en ville, mais la sensation de « poussée » restera modeste comparée à une citadine conventionnelle.
Sécurité : un point faible notable
Le chapitre sécurité est le plus délicat. Le VF 2 se contente d’un équipement minimal : un seul airbag, ABS et antidérapage. Il n’a pas été développé selon les standards européens, et il est raisonnable de penser qu’en Euro NCAP il obtiendrait des notes médiocres, notamment pour la protection des occupants et la tenue en choc latéral. VinFast revendique néanmoins que le véhicule constitue une alternative plus sûre au deux‑roues, ce qui est un argument pertinent dans certains contextes urbains où la mortalité routière liée aux motos est élevée. Mais cet argument repose sur une comparaison relative : mieux qu’une moto, peut‑être ; au regard des normes auto modernes, clairement pas.
Aspects pratiques et équipements
La dotation intérieure est tournée vers l’essentiel : tableau de bord numérique basique, climatisation — indispensable dans les pays tropicaux — et petits rangements. Les roues de 13 pouces et la compacité offrent une maniabilité excellente en milieu urbain. Le confort reste toutefois spartiate : insonorisation limitée, suspensions simples et confort de roulage adapté à des parcours courts.
Vers une exportation européenne ? Peu probable
Avec ce niveau de sécurité et cette configuration, une commercialisation européenne du VF 2 semble improbable sans adaptations majeures : renforcement de la cellule, airbags supplémentaires, systèmes d’assistance et homologations spécifiques. Le véhicule est conçu pour un marché où la réglementation, les attentes consommateur et les normes sont différentes. VinFast joue donc logiquement la carte locale et régionale, face à ses concurrents chinois qui occupent déjà ce segment.
Que retenir pour l’avenir des micro‑EV ?
En somme, le VinFast VF 2 n’est pas un kei‑car au sens japonais du terme, mais il remplit sa mission : proposer une petite voiture électrique accessible et pratique pour la ville. Reste la question des standards : lorsque ces véhicules se développeront à l’échelle mondiale, la sécurité et l’homologation deviendront des enjeux décisifs pour franchir les frontières des marchés émergents vers les marchés exigeants.

