Le Volvo P1800 E (1971) n’est pas seulement une jolie voiture de collection : c’est l’aboutissement d’un pari industriel et stylistique de Volvo qui, dans les années 1960, a voulu s’extraire de son image de marque trop sage pour gagner en aura. Résultat : un coupé élégant au dessin proche de l’esprit italien, mais construit comme une Volvo — robuste, réfléchi et pensé pour la longévité. Voici pourquoi ce GT nordique continue de fasciner et ce qui fait, techniquement et émotionnellement, son charme spécifique.

Genèse : Volvo veut changer d’image sans trahir son ADN

Après l’échec du P1900, Volvo n’abandonne pas l’idée d’un modèle au style sportif. L’objectif est clair : moderniser l’image de la marque sans renier la réputation de solidité suédoise. C’est là qu’intervient le design de Pelle Petterson chez Frua, qui propose une silhouette longiligne, des lignes pures et une calandre qui, dans certains angles, évoque même un petit Ferrari. Mais plutôt que l’exubérance, Volvo choisit la discrétion soignée : élégance sans ostentation.

Fabrication et premières difficultés

Le P1800 débute sa vie produit en Angleterre, chez Jensen. Les débuts sont laborieux : carrosseries venant d’Écosse, assemblages parfois approximatifs et problèmes de corrosion. Volvo réagit rapidement et rapatrie la production à Göteborg, améliorant la qualité et la fiabilité. Ce démarrage chaotique fait partie de l’histoire mais n’entame pas le succès à long terme du modèle, qui gagne progressivement en réputation.

Mécanique : un quatre‑cylindres taillé pour la durée

La version P1800 E marque l’évolution technique du modèle : le moteur B20E — un 2,0 litres à injection Bosch D‑Jetronic — offre 124 ch et un caractère typiquement scandinave. Le moteur n’est pas un hurleur ; il privilégie l’agrément et l’allonge. Sa philosophie : délivrer un couple exploitable, une excellente robustesse et une conduite apaisée sur longues distances plutôt qu’une puissance brute. Concrètement :

  • 1986 cm³, 124 ch à 6000 tr/min et 167 Nm à 3500 tr/min ;
  • Boîte manuelle 4 rapports avec overdrive ou automatique Borg‑Warner en option ;
  • Construction moteur traditionnelle (bloc en fonte, culasse en fonte) et distribution par pignons.
  • Comportement : le GT scandinave

    Sur la route, le P1800 E se comporte comme un vrai grand tourisme : l’amortissement est confortable, la direction précise mais non agressive, et le châssis privilégie la stabilité à haute vitesse. Les amateurs de conduite sportive pure se tourneront vers d’autres italiennes plus véloce ; en revanche, pour avaler les kilomètres avec plaisir, le P1800 excelle. Quelques caractéristiques notables :

  • Châssis et suspension : train avant à triangles et barre stabilisatrice, essieu arrière rigide avec bras longitudinaux et Panhard ; tenue de route saine, prévisible.
  • Freinage : disques aux quatre roues, efficace pour l’époque.
  • Sensations : moteur souple, conduite posée, excellent ressenti de robustesse.
  • Intérieur et ergonomie : sobriété nordique

    À l’intérieur, Volvo conserve son sens pratique : sièges confortables, planche de bord claire, instrumentation anglaise sur certains modèles exportés. Le P1800 E propose une ambiance à la fois raffinée et fonctionnelle : cuir, éléments chromés et finitions soignées, sans ostentation. La seconde place arrière est symbolique, mais un coffre modulable autorise de véritables voyages à deux, bagages compris.

    Sécurité et fiabilité : des choix intelligents

    Volvo a intégré très tôt des principes de sécurité passive dans son GT : ceintures, colonne de direction conçue pour se contracter en cas de choc, structure robuste. Ce souci de la sécurité, couplé à une mécanique résistante, explique en grande partie pourquoi tant de P1800 survivent encore aujourd’hui en bon état.

    Performances et usage réel

    La vitesse maxi annoncée autour de 180 km/h et le 0‑100 km/h en 10 secondes sont honorables pour un coupé de cette cylindrée et époque. La consommation, 12–16 l/100 km selon l’usage, reflète le compromis entre plaisir et pragmatisme. Le P1800 E n’est pas un sportif extrême mais un compagnon routier capable de longs trajets, pardonnant et fiable.

    Entretien et points à surveiller pour les acheteurs

    Si l’on souhaite acquérir un P1800 E, quelques éléments techniques et historiques sont à contrôler :

  • Corrosion : vérifier rigoureusement la carrosserie et les bas de caisse, surtout sur les modèles produits avant l’amélioration de la fabrication à Göteborg.
  • État moteur : contrôle des fuites, carburation ou gestion d’injection D‑Jetronic, état des pignons de distribution.
  • Suspension et trains roulants : silentblocs, amortisseurs et jeu de direction ; remplacement fréquent pour un comportement sécurisant.
  • Historique d’entretien : factures, restauration et provenance (certains exemplaires export US ont des spécificités).
  • Valeur et place dans la collection

    Le P1800 E est aujourd’hui recherché pour son esthétique élégante, sa mécanique simple mais fiable, et son positionnement unique : un GT qui n’essaie pas d’imiter ses contemporains italiens mais qui impose une sérénité nordique. Les exemplaires bien préservés, notamment certaines teintes rares comme le turquoise de 1971, prennent de la valeur et séduisent amateurs de véhicules classiques appréciant confort et longévité plus que fracas et radicalité.

    En bref, le Volvo P1800 E incarne une vision du grand tourisme : élégance, robustesse et aptitude aux longs trajets. C’est un coupé qui plaît par sa mesure et sa personnalité discrète — une voiture qui vous accompagne sans fanfare et qui, sur la route, vous donne surtout l’impression d’avoir fait le bon choix.

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