La disparition du Dodge Hornet du marché américain est un bon exemple de la façon dont des décisions politiques et commerciales peuvent faire basculer la stratégie produit d’un constructeur. Lancé comme un SUV compact accessible, construit en Italie et techniquement très proche de l’Alfa Romeo Tonale, le Hornet n’a jamais vraiment trouvé son public aux États‑Unis. Mais c’est l’introduction de nouveaux droits de douane sur certains véhicules importés qui a finalement scellé son sort. Décryptage des causes, des conséquences pour Dodge et de ce que cela signifie pour le consommateur américain.
Un jumeau européen importé : genèse et positionnement
Le Hornet était, sur le fond, un projet de volume visant un segment très concurrentiel : celui des SUV compacts « abordables ». Sa production avait lieu à l’usine Stellantis de Pomigliano d’Arco, près de Naples, où est également assemblé l’Alfa Romeo Tonale. Les deux véhicules partagent une grande partie de leur architecture, motorisations et éléments techniques ; Dodge proposait cependant une identité visuelle plus « agressive » et un positionnement tarifaire visant l’entrée de gamme aux États‑Unis.
Le facteur décisif : l’effet des droits de douane
C’est la politique commerciale qui a joué un rôle déterminant. L’instauration de nouveaux droits de douane sur certains véhicules importés a fait passer le coût du Hornet dans une zone moins viable économiquement. Là où Stellantis espérait offrir une pricing power attractif aux États‑Unis, ces surtaxes ont érodé la compétitivité prix du Hornet, rendant son maintien sur le marché non rentable. Résultat : l’arrêt des ventes et la liquidation des stocks restants — 348 unités selon les derniers chiffres.
Conséquences pour Dodge et le marché US
Pour Dodge, la sortie du Hornet représente la perte d’un modèle d’accès à la gamme — un segment pourtant stratégique à une époque où le prix moyen d’un véhicule neuf aux États‑Unis avoisine les 50 000 dollars. Sans Hornet, le premier palier d’entrée chez Dodge devient plus élevé, ce qui peut créer un vide commercial pour des acheteurs novices disposant d’un budget limité.
Y a‑t‑il une alternative chez Stellantis ?
Oui. Alfa Romeo propose le Tonale sur le marché américain, et il reste une option techniquement très similaire pour les acheteurs cherchant un produit issu de la même ligne de production italienne. Les prix du Tonale débutent autour de 36 000 dollars, tandis que les derniers Hornet disponibles étaient soldés à partir d’environ 30 000 dollars. Cela montre que la stratégie prix de Dodge visait initialement une entrée plus basse, désormais rendue difficile par les contraintes tarifaires.
Analyse : pourquoi l’impact est plus large que Dodge
Le cas Hornet illustre plusieurs enseignements généraux. D’abord, la dépendance à des usines étrangères pour des segments sensibles aux coûts expose fortement la stratégie commerciale d’un constructeur aux décisions politiques (droits de douane, restrictions d’importation). Ensuite, la compétitivité prix reste un levier primordial pour certains segments : une hausse tarifaire liée à des taxes peut rapidement annuler l’attractivité d’un modèle malgré ses qualités intrinsèques.
Quelle stratégie pour l’avenir ?
Pour Stellantis et Dodge, plusieurs pistes sont envisageables : rapatrier une part de production vers des sites locaux (si économiquement faisable), revoir le positionnement tarifaire des futurs modèles, ou encore concentrer l’effort sur des segments où la marque bénéficie d’un ancrage fort et d’une marge suffisante pour absorber les chocs tarifaires. À court terme, l’offre restante en stock est liquidée ; à moyen terme, la marque devra redéfinir comment atteindre la clientèle sensible au prix sur le marché américain.
Ce que cela signifie pour le consommateur américain
En définitive, le retrait du Hornet n’est pas uniquement une défaite commerciale locale : il traduit la fragilité des stratégies transnationales face à des modifications brusques des règles du jeu économique. Pour les constructeurs, la leçon est claire : mieux vaut combiner compétitivité produit et résilience industrielle pour éviter qu’un simple droit de douane ne balance l’équation commerciale.
