Citroën a officiellement relancé le mythe : la 2CV pourrait renaître en version électrique et bon marché, destinée au grand public européen. Annoncé lors de l’Investor Day de Stellantis, le projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à proposer une nouvelle catégorie de véhicules « E‑Cars » abordables, produits en Europe. Le constructeur met en avant la philosophie originelle de la « Deuche » : simplicité, espace utile et coût d’usage réduit — transposée à l’ère électrique.
Un positionnement prix très agressif
Le point le plus marquant de l’annonce est sans conteste le tarif visé : Citroën évoque un prix d’entrée sous la barre des 15 000 euros. Si ce positionnement se confirme, il pourrait bouleverser la donne dans le segment des citadines électriques. Pour atteindre cet objectif, la marque mise sur des choix techniques pragmatiques et économiques : architectures simplifiées, batteries Lithium‑Fer Phosphate (LFP) et une production européenne optimisée, annoncée pour le site de Pomigliano d’Arco en Italie.
LFP : la chimie de batterie choisie — probablement en coopération avec CATL — apparaît ici comme une évidence. Ces accumulateurs, moins coûteux et plus stables thermiquement, sacrifieront certes un peu de densité énergétique, mais conviennent parfaitement à un usage urbain où l’autonomie demandée reste modérée. Pour le consommateur, le compromis est clair : autonomie suffisante pour la ville, coûts d’achat et d’entretien maîtrisés.
Format, dimensions et habitabilité : une 2CV modernisée
Le teaser officiel laisse entrevoir une silhouette qui évoque clairement l’authentique 2CV : toit haut, passages de roues marqués, capot bombé. Mais il ne s’agit pas d’une réédition nostalgique à l’identique. Les ingénieurs ont opté pour une approche fonctionnelle : gabarit compact (probablement entre 3,50 et 3,70 m) pour faciliter la vie en milieu urbain, tout en offrant une habitabilité intérieure optimisée grâce à une planche de bord épurée et une façade avant raccourcie.
Concrètement, la voiture se positionnera sous le C3 dans la gamme Citroën, plus proche d’un petit city‑car moderne que d’une compacte classique. L’objectif est d’offrir un volume intérieur conséquent pour un encombrement extérieur réduit — exactement la promesse originelle de la 2CV, mais avec des matériaux et des normes contemporains.
Technique simplifiée mais cohérente
La nouvelle 2CV serait fabriquée sur une plateforme dédiée aux « E‑Cars » de Stellantis, conçue pour rationaliser coûts et procédés de production. Les choix technologiques envisagés sont tournés vers la robustesse et la simplicité :
Ce parti pris technique reflète une volonté stratégique : réduire la dépendance aux matières premières critiques (nickel, cobalt) et proposer un produit résilient, facile à maintenir et adapté aux flottes et aux ménages à budget contraint.
Production et chaîne d’approvisionnement
Stellantis prévoit la production à Pomigliano d’Arco, près de Naples, là où des modèles populaires (comme le Fiat Panda) sont déjà assemblés. Cette décision tient à des considérations industrielles : capacité de production disponible, proximité de fournisseurs européens et volonté politique de maintenir des emplois locaux. De plus, la coopération envisagée avec CATL pour une usine de batteries en Espagne (Zaragoza) tend à sécuriser l’approvisionnement en cellules LFP, facteur stratégique pour la compétitivité du projet.
Usages visés et concurrence sur le segment
Le repositionnement de la 2CV vise clairement le marché européen des citadines électriques accessibles, un segment qui devrait se densifier avec la création d’une éventuelle sous‑catégorie M1E par l’Union européenne. À terme, l’offre de Citroën viendrait se placer face à des modèles modestes annoncés par d’autres constructeurs (Renault Twingo électrique, futurs kei‑cars européens) et pourrait, par son pedigree historique, attirer une clientèle sensible au symbole autant qu’au prix.
Design et émotion : éviter le piège du « gadget rétro »
Citroën insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une pâle copie vintage mais d’une réinterprétation : conserver l’esprit utilitaire et convivial de la 2CV, tout en la rendant pertinente aujourd’hui. C’est un équilibre délicat : un pastiche trop appuyé tomberait dans le gadget, tandis qu’une refonte trop technologique risquerait de trahir l’âme populaire du modèle. Le teaser laisse penser que la marque cherche le juste milieu : des clins d’œil stylistiques forts, intégrés dans une voiture résolument moderne.
Calendrier et enjeux
La présentation d’un concept est attendue au Mondial de Paris en octobre 2026, tandis que la mise en production est programmée pour 2028. Entre‑temps, Citroën devra préciser des éléments cruciaux : autonomie réelle en conditions variées, équipements de sécurité, niveaux d’équipement et options de personnalisation, sans oublier la tarification définitive qui conditionnera le succès commercial.
Stratégiquement, la réussite de la 2CV électrique dépendra de plusieurs facteurs : fiabilité de la chaîne d’approvisionnement en cellules LFP, capacité industrielle à produire à bas coût, et acceptation par le marché d’un petit véhicule électrique à vocation utilitaire. Si tous ces éléments s’alignent, Citroën pourrait bien redonner au grand public une voiture pratique, économique et symboliquement forte — une 2CV pour l’ère électrique.
