En 1979, Saab n’était plus seulement le constructeur suédois ex‑avionneur connu pour ses innovations de sécurité : il frappait un grand coup avec la version Turbo du 900. À une époque où BMW et Mercedes dominaient le segment des grandes berlines, Saab proposait une alternative atypique, axée sur l’ergonomie, la sécurité et une approche technique différente — l’esprit nordique appliqué à l’automobile. Le 900 Turbo de 1979, avec ses 145 chevaux, est aujourd’hui un objet d’étude fascinant : il représente à la fois l’audace d’une marque marginale et la volonté de proposer une conduite à la fois efficace et rassurante.
Un châssis et un style qui trahissent des origines aéronautiques
Saab a commencé à fabriquer des automobiles après la Seconde Guerre mondiale, mais l’ADN aéronautique est resté visible longtemps : formes aérodynamiques, souci de l’efficacité et une intransigeance sur la sécurité. Le 900 Turbo reprend cette logique. Dès le premier regard, la silhouette se distingue des berlinettes classiques allemandes : une face avant plongeante, une grande courbe de pare‑brise, des surfaces lisses. Le style n’est pas fait pour plaire à tout prix, mais pour servir la fonction.
Sur la route, cette philosophie se ressent. Le pilote est assis droit, très axial par rapport au châssis, et la position de conduite favorise la visibilité. Le tableau de bord est centré sur le conducteur, disposant d’une ergonomie pensée pour l’usage quotidien : commandes accessibles, instrumentation lisible. C’est une voiture conçue par des ingénieurs qui réfléchissent à l’usage réel plutôt qu’à l’esthétique spectaculaire.
Turbo et performances : 145 ch qui changent la donne
Le cœur du 900 Turbo est le petit moteur suralimenté qui, pour l’époque, offrait un compromis remarquable entre rendement et nervosité. Avec 145 chevaux, la berlinolette n’est pas une bête de circuit, mais elle surprend par sa vivacité. Le turbo, encore une technologie que l’on associait surtout aux voitures de course ou aux moteurs diesel lourds, permet un généreux coup de rein dans les reprises et les accélérations. Sur autoroute comme en dépassement sur nationale, le 900 Turbo se montre rassurant et volontaire.
Techniquement, Saab a soigné la dissipation thermique et la robustesse du moteur, éléments cruciaux pour la fiabilité des moteurs turbocompressés de l’époque. Le ressenti à la pédale — ce délai caractéristique du turbo, puis l’appoint de puissance — fait partie du charme mécanique de la voiture. Conduire un 900 Turbo, c’est accepter une mécanique vivante, au caractère marqué, très éloignée de l’assistance numérique moderne.
Comportement routier et confort
Sur le plan dynamique, le 900 Turbo joue la carte de la sécurité et de la progressivité. Le châssis privilégie la stabilité plutôt que l’agilité extrême : la direction offre un retour correct sans être hyper‑dynamique, et les suspensions, bien calibrées, absorbent les irrégularités tout en maintenant un comportement prévisible. C’est une voiture qui incite à la conduite réfléchie ; elle récompense l’anticipation plutôt que la brutalité.
Le confort intérieur, pour une voiture de 1979, est notable : sièges chauffants — une des signatures précoces de Saab — garnitures pratiques et un espace arrière convenable. La présence d’un plancher relativement plat et d’une ergonomie utilisateur soignée fait du 900 un bon compagnon de voyage. Sur les longs trajets, on sent que la facture s’est faite en faveur du confort sans renoncer à des prestations tournées vers le conducteur.
Sécurité et innovations utiles
Saab a toujours eu une longueur d’avance sur la sécurité passive et l’ergonomie. Le constructeur a, historiquement, introduit des conceptions de pare‑chocs absorbant les chocs à faible vitesse et d’autres aménagements visant à réduire le risque de blessure en cas d’accident. Le 900 Turbo de 1979 s’inscrit dans cette lignée : Zündschloss (le contact) placé entre les sièges pour éviter les blessures au genou, organisation intérieure pensée pour la protection des occupants et une attention particulière au comportement neutre du châssis.
Valeur, collection et jugement sur le marché
En 1979, le 900 Turbo visait à concurrencer des rivaux dits « établis ». Aujourd’hui, l’évaluation de sa valeur est une question de perspective : pour les collectionneurs, un exemplaire bien maintenu et d’origine peut en valoir la peine — d’autant que sa singularité le rend attractif sur le marché des youngtimers. L’estimation évoquée (30 000 marks à l’époque pour la version la plus chère, convertie et réévaluée selon les marchés) doit être replacée dans le contexte de la rareté, de l’état et de l’authenticité technique.
Points faibles et fragilités à surveiller
Le 900 Turbo aujourd’hui : pourquoi l’aimer ?
Au volant d’un 900 Turbo, on vit une expérience mécanique authentique : la réponse du turbo, la sensation mécanique brute et le confort pragmatique d’une berline nordique. Ce n’est pas une sportive à l’ancienne qui cherche la performance à tout prix, mais une voiture qui combine technologie de pointe de son époque et une philosophie centrée sur la sécurité et l’usage. Elle représente une époque industrielle où l’ingénierie pragmatique pouvait rivaliser avec le prestige des marques allemandes par l’ingéniosité et la différentiation.
Pour qui est fait ce Saab ?
Le Saab 900 Turbo de 1979 est donc bien plus qu’une curiosité historique : il incarne une philosophie de conception cohérente et pertinente. À l’heure où le marché du rétro s’étoffe, cette voiture offre une alternative réfléchie aux classiques allemands — une proposition pensée, fonctionnelle et dotée d’un vrai caractère. C’est précisément cette authenticité qui la rend encore désirable aujourd’hui.
