Sur l’île de Grande‑Bretagne, l’ironie est totale : alors que Bentley affiche haut et fort sa stratégie d’électrification — avec un premier SUV électrique annoncé pour la fin d’année — la marque de Crewe livre en parallèle un modèle qui va à contre‑courant. Le nouveau Continental GT Supersports renonce à l’électrification d’appoint et à la transmission intégrale pour revenir à une formule plus pure : moins d’électronique, plus de sensations. Résultat ? Un coup de poing en V8 qui développe 666 ch et, malgré tous les efforts d’allègement, une masse qui tutoie les deux tonnes. J’ai pu m’asseoir à bord pour comprendre où Bentley a grappillé du poids et surtout ce que ce choix signifie pour l’âme du Continental.
Une philosophie : dépouiller pour raviver l’émotion
Le Supersports est pensé comme une réplique aux critiques qui disent que le luxe moderne est devenu aseptisé. En éliminant le système hybride et la transmission intégrale, Bentley revendique une mise à nu volontaire. Le V8 reprend ses droits en exclusivité, sans le « handicap » du pack batterie et des moteurs électriques auxiliaires. Le bénéfice est double sur le papier : restitution plus immédiate du souffle moteur et comportement mécanique plus franc.
Allègement : où s’est joué le match ?
Pour compenser la disparition de l’hybridation, Bentley a pourtant dû jouer sur plusieurs tableaux afin d’atteindre le moindre gramme. Voici les leviers identifiés :
Malgré ces efforts, le Supersports reste le Bentley « le plus léger depuis 85 ans » quand on le compare aux variantes hybridées et 4×4, mais son poids avoisine tout de même les deux tonnes — une donnée qui rappelle à quel point la quête du luxe et du confort pèse lourd. Ce qui importe, c’est la répartition des masses et la qualité de la mise au point châssis : Bentley a ciblé la sensation de conduite plus que la chasse aux kilos absolus.
Le cœur : un V8 démoniaque
Le moteur est la star : 666 ch issus d’un V8 parfaitement affuté. La cartographie est volontairement directe, l’accélération instantanée et le couple généreux. L’absence d’aide électrique se traduit par une sonorité plus brute, moins filtrée, et par une courbe de couple très franche. Sur la route, la progressivité de la puissance demande au conducteur d’avoir la main ferme — exact contraire des GT modernes où l’électronique gomme l’approximation.
Comportement routier : sensations au rendez‑vous
Sur des routes sinueuses, le Supersports révèle une personnalité assumée. La suppression de l’intégrale modifie la dynamique : il faut composer avec des phases de transfert de charge plus marquées et une tendance à la neutralité qui peut rapidement basculer vers le sur‑virage si l’on force la cadence. Bentley a affiné les trains roulants et les réglages d’amortissement pour garder de la précision à haute vitesse tout en conservant le confort attendu d’une GT de grand tourisme.
Les points forts :
Les limites :
Quel public pour cette voiture ?
Le Supersports ne s’adresse pas au client Bentley traditionnel qui recherche avant tout une berline confortable, feutrée et facile. Il s’adresse au passionné du V8, à celui qui accepte un rapport plus direct entre l’homme et la machine. C’est une voiture qui revendique une part de sportivité sans renoncer au raffinement : sellerie fine, matériaux nobles et finitions manuelles restent au rendez‑vous.
Technologie limitée mais ciblée
Le choix de réduire la voilure électronique n’équivaut pas à renoncer à toute technologie. Bentley conserve les aides essentielles à la sécurité et quelques éléments de confort modernes, mais abandonne les superstructures hybrides qui alourdissaient la voiture sans ajouter d’émotion. L’approche est minimaliste mais ciblée : tout ce qui n’apporte pas d’expérience de conduite directe a été remis en question.
Positionnement sur le marché et concurrence
Face à des coupés GT hybrides ou électriques, le Supersports joue la carte de l’authenticité. Il s’oppose aux autos voulant lisser toute aspérité pour plaire au plus grand nombre. Son vrai rival n’est pas tant une concurrente hybride, mais d’autres GT musclées qui revendiquent la même relation immédiate au moteur. L’offre se positionne donc comme une alternative pour les puristes du grand tourisme à la sauce britannique.
En pratique : usage quotidien et coûts
Sur le plan pratique, l’absence d’hybridation signifie une dépendance stricte au carburant et une consommation en conséquence plus élevée lors d’une conduite dynamique. L’entretien mécanique reste classique mais exigeant : il faudra compter sur un entretien à l’avenant pour préserver la mécanique et la précision du châssis. Enfin, le tarif, à l’image de la marque, reste premium — mais la proposition de valeur est claire : vous payez pour une expérience de conduite volontairement plus brute et plus émotionnelle.
En bref, le Bentley Continental GT Supersports renoue avec un idéal : privilégier l’émotion mécanique sur la sophistication technologique. C’est un pari audacieux à l’heure où l’industrie bascule massivement vers l’électrification — un pari qui pourrait séduire les amateurs de GT authentiques et ceux qui considèrent que le V8, lorsqu’il est bien mis en scène, demeure une des dernières formes d’art mécanique encore capables de provoquer des frissons.