Que pouvez‑vous vraiment faire contre les « bloqueurs » de voie de gauche sur l’autoroute ?
Rouler sur l’autoroute et se retrouver derrière un véhicule qui « squatte » la voie de gauche est une source fréquente de frustration. Klaxons, appels de phares, manœuvres d’intimidation… Beaucoup d’automobilistes réagissent instinctivement. Mais quelles réponses sont autorisées par la loi et lesquelles peuvent vous coûter cher, voire conduire à des poursuites ? Voici un guide pratique et juridique pour savoir comment agir sans basculer dans l’illégalité.
Le comportement du conducteur qui reste à gauche
Conduire durablement sur la voie de gauche alors que la voie de droite est libre constitue une infraction au devoir de circulation à droite prévu par le code de la route. Selon la gravité et le contexte, cela peut être sanctionné par une amende et un point de pénalité. Si cet acte entraîne une gêne concrète ou une mise en danger, l’amende peut être majorée. Dans des cas extrêmes et volontaires où l’on empêche sciemment et systématiquement d’autres véhicules de dépasser, les faits peuvent, dans certains pays, relever d’une infraction plus grave comme la contrainte ou la tentative de mise en danger d’autrui, mais cela reste rare et demande une preuve de l’intention.
L’appel de phare (lumière courte) : permis… mais avec limites
Signaler brièvement votre intention de dépasser par un appel de phare est généralement toléré hors agglomération si cela reste bref et réalisé à distance de sécurité. En revanche, l’emploi répété et agressif du feu de route – notamment associé au fait de se coller au train arrière du véhicule précédent – devient problématique. Les tribunaux interprètent souvent ces comportements comme du harcèlement ou du « mottage » pouvant se traduire par une infraction plus lourde.
Le klaxon : avertissement, pas exutoire émotionnel
Le klaxon est, juridiquement, un dispositif d’alerte : il sert à prévenir d’un danger immédiat ou à signaler une manœuvre. Klaxonner par simple colère ou pour protester contre une lenteur entraîne une contravention mineure. Si le klaxon est associé à des manœuvres agressives, l’ensemble des faits peut être requalifié en comportement dangereux.
Se coller au pare‑choc : le drängeln qui coûte cher
Un des comportements les plus dangereux est le manque de distance. Sur autoroute, la distance minimale doit permettre l’arrêt en toute sécurité ; souvent la règle pratique est d’observer une distance correspondant à la moitié de la vitesse affichée (en mètres). Le non‑respect de cette distance expose à des sanctions importantes : amende, retrait de points, voire suspension du permis, surtout si cela s’accompagne d’appels de phare ou de gestes agressifs. Les tribunaux considèrent souvent la combinaison de ces actes comme une tentative d’intimidation pouvant relever de délits plus lourds.
Faire clignoter à gauche : informer ou provoquer ?
Signaler son intention de dépasser par une courte signalisation au clignotant est légal et recommandé. En revanche, maintenir le clignotant gauche allumé sans intention réelle de changer de voie peut être perçu comme une provocation et, dans un cas d’accident, entraîner une responsabilité partagée pour trouble à la circulation.
Gestes et insultes : attention, c’est parfois répressible
Montrer des doigts d’honneur, proférer des insultes ou des gestes obscènes peut engager la responsabilité pénale. Dans certains systèmes juridiques, ces actes peuvent être poursuivis comme des injures publiques ou des atteintes à la dignité d’autrui. En pratique, les sanctions prennent souvent la forme d’amendes ou de peines proportionnées à la gravité et au contexte.
Le dépassement par la droite : une fausse bonne idée
Dépasser par la droite sur autoroute est habituellement interdit et sanctionné, sauf exceptions très précises (trafic dense, files lentes, voies multiples). Contourner un bloqueur par la droite peut vous exposer à une contravention voire à une mise en danger si la manœuvre n’est pas strictement réservée aux cas d’exception prévus par le code de la route.
Manœuvres agressives et zigzag : risques pénaux
Changer de files de manière répétée pour « presser » l’autre conducteur, freiner brusquement devant lui ou effectuer des manœuvres destinées à le forcer à accélérer/reculer est considéré comme une conduite dangereuse et/ou une tentative de contrainte. Ces comportements peuvent donner lieu à des poursuites pénales, des amendes lourdes, des retraits de permis et, dans des cas extrêmes, des peines privatives de liberté.
Que faire concrètement lorsque vous êtes gêné par un bloqueur ?
Quand appeler les forces de l’ordre ?
Si vous êtes victime d’un comportement délibérément dangereux — harcèlement, tentatives de blocage conscientes, ou toute manœuvre mettant en péril la sécurité — il est préférable de quitter la zone, d’appeler les services d’urgence ou la police et de fournir un maximum d’informations. Ne vous lancez pas dans une escalade : votre sécurité et celle des autres usagers prime.
En résumé : le juste équilibre entre fermeté et légalité
La lutte contre les bloqueurs de voie de gauche ne doit pas devenir une opportunité pour des comportements illégaux ou dangereux. Klaxonner brièvement, signaler son intention ou dépasser proprement reste permis. En revanche, tout ce qui tourne à l’intimidation — collages, appels de phare répétés associés à un comportement agressif, zigzags — expose à des sanctions sévères. Si vous voulez faire évoluer les comportements sur la route, privilégiez la sécurité et la prévention : signalements aux autorités compétentes, campagnes d’information et maintien d’un comportement respectueux et responsable sur l’autoroute.

