Cem Özdemir : « Il faut rendre la recharge moins chère » — quelles mesures pour relancer l’électromobilité en Allemagne ?
À quelques semaines des élections régionales en Bade‑Wurtemberg, Cem Özdemir, tête de liste des Verts dans ce Land phare de l’automobile allemande, pose des exigences claires : vendre des voitures en Allemagne implique d’y investir. Son propos va au‑delà d’un discours politicien : il esquisse une stratégie industrielle et réglementaire pour renforcer la compétitivité des constructeurs locaux face aux subventions étrangères et aux barrières commerciales. Parmi ses priorités, il place la baisse du coût de la recharge électrique, un point qui, selon lui, conditionne l’adoption massive des véhicules électriques.
Investir localement : « qui veut vendre ici, doit aussi investir ici »
Özdemir milite pour des règles de contenu local (local‑content) au niveau européen afin de consolider les chaînes d’approvisionnement européennes face à la concurrence chinoise et américaine. Son raisonnement est pragmatique : imposer des conditions d’investissement sur le sol européen crée des emplois, maintient la valeur ajoutée industrielle et sécurise l’accès aux technologies stratégiques — batteries en tête. Pour le candidat vert, cela passe par un soutien fort à la recherche et au développement, notamment pour les générations futures de cellules et systèmes de stockage.
La facture de la recharge : un frein tangible à l’adoption
Plus concrètement pour l’usager et le marché, Özdemir pointe un frein quotidien : le coût de la recharge. Si l’automobiliste perçoit la recharge comme trop chère ou trop imprévisible, l’accélération vers la mobilité électrique patine. Réduire le prix de la kWh en borne publique, harmoniser les tarifs, ou mettre en place des mécanismes de subvention ciblés pour la recharge hors domicile sont des leviers sur lesquels il veut agir. L’idée est simple : rendre la mobilité électrique économiquement plus attractive que le thermique dès l’usage courant.
Des leviers politiques et économiques proposés
Un regard critique sur la nouvelle prime pour véhicules électriques
Curieusement, Özdemir se montre sceptique vis‑à‑vis de la récente réforme de la prime à l’électrique. Sans rejeter l’idée de l’aide à l’achat, il laisse entendre que la mesure telle qu’elle est conçue peut manquer d’efficacité si elle ne s’accompagne pas d’une stratégie industrielle et d’un cadre de déploiement de l’infrastructure cohérent. Pour lui, une prime déconnectée d’un plan global (recharge, production locale, filières) risque d’être coûteuse sans effet durable.
Un appel à la coopération public‑privé
La vision d’Özdemir est duale : la puissance publique doit créer des conditions (infrastructures, incitations, cadre réglementaire), et l’industrie doit s’engager à investir localement. Cette coopération public‑privé viserait à répondre simultanément à plusieurs défis : la compétitivité face aux subventions étrangères, la souveraineté technologique, et la rapidité de la transition énergétique dans le secteur des transports.
Impacts possibles pour les constructeurs et les fournisseurs
Que signifie « rendre le chargement plus économique » pour les conducteurs ?
Sur le plan utilisateur, les propositions d’Özdemir se traduisent par des mesures concrètes : des tarifs de recharge plus bas en dehors des heures de pointe, des abonnements fixes avantageux pour les ménages, une transparence tarifaire accrue et des subventions ciblées pour le déploiement de bornes de recharge dans les zones mal desservies. L’objectif est d’éliminer l’incertitude économique de la recharge et d’offrir un cadre simple et attractif pour le propriétaire d’un VE.
Risques et défis d’une approche protectionniste mesurée
Si l’idée des règles de contenu local cherche à protéger et développer l’industrie européenne, elle comporte des risques : tensions commerciales, risque d’inflation des coûts si l’approvisionnement local est plus onéreux à court terme, et réactions de partenaires commerciaux. Özdemir semble conscient de ces équilibres : sa proposition mise sur la compétitivité à long terme — soutenue par la R&D et l’innovation — plutôt que sur des mesures tarifaires pures et simples.
En pratique : quelles actions attendre si Özdemir est élu ?
Ce que les acteurs du secteur doivent surveiller
Constructeurs, fournisseurs et opérateurs de recharge doivent observer attentivement l’évolution des propositions législatives et des mécanismes de financement. Si les idées d’Özdemir se concrétisent, il faudra anticiper des appels d’offres publics, des partenariats pour les usines de batterie, et potentiellement des obligations de présence industrielle accrue pour accéder à certains avantages.
