Une vaste étude basée sur des données télématiques réelles vient mettre des chiffres sur une question que se posent bien des conducteurs et gestionnaires de flottes : dans quelle mesure le recours aux bornes de charge rapide accélère‑t‑il l’usure des batteries de traction ? Les résultats, issus de l’analyse du fournisseur canadien Geotab, clarifient le rôle déterminant de la puissance de charge, tout en confirmant que les batteries modernes conservent une santé suffisante pour répondre aux garanties constructeurs.

Les faits : panorama de l’étude

Geotab a exploité les données de plus de 22 700 véhicules électriques, couvrant 21 marques et modèles, sur plusieurs années d’usage réel. La métrique centrale est le State of Health (SoH), indicateur de la capacité relative de la batterie par rapport à son état initial. Moyennant ces données, la dégradation annuelle moyenne observée ressort à environ 2,3 % par an. C’est supérieur aux 1,8 % relevés l’année précédente, mais reste globalement modéré.

  • Base : 22 700 véhicules, 21 marques/modèles, données télématiques réelles.
  • SoH moyen observé : ≈ 2,3 % de dégradation par an.
  • Le verdict clair : la puissance de charge est le facteur principal

    Le message principal de l’analyse est limpide : la puissance de charge utilisée influence fortement le rythme d’altération de la batterie. Les véhicules alimentés majoritairement par des bornes DC à haute puissance (>100 kW) présentent une dégradation moyenne pouvant atteindre 3,0 % par an. À l’opposé, ceux privilégiant la charge AC ou des puissances faibles se situent autour de 1,5 % par an.

  • Charge AC (faible puissance) : ≈ 1,5 %/an.
  • Mix de charges (moyenne constatée Geotab) : ≈ 2,3 %/an.
  • Charge DC fréquente (>100 kW) : jusqu’à ≈ 3,0 %/an.
  • Autres facteurs : climat, usage et effet « early drop »

    Si la puissance de charge domine, d’autres facteurs ont un impact secondaire mais mesurable. Un climat chaud accélère légèrement l’usure (+≈ 0,4 point par an dans les zones chaudes par rapport aux tempérées). L’intensité d’usage (kilométrage élevé) augmente aussi la dégradation d’environ 0,8 point par an. Enfin, le profil temporel de la dégradation est typique : une baisse initiale plus marquée les premières années (« early drop »), puis une phase de décroissance plus régulière et lente.

  • Climat chaud : +≈ 0,4 %/an.
  • Usage intensif : +≈ 0,8 %/an.
  • Courbe temporelle : baisse initiale puis ralentissement de la dégradation.
  • Que signifie tout cela pour une batterie de 75 kWh sur huit ans ?

    Pour donner du sens aux pourcentages, Geotab propose un exemple de simulation sur une 75 kWh :

  • Scénario AC dominant (1,5 %/an) : perte ≈ 12 % en 8 ans → SoH ≈ 88 % → capacité utile ≈ 66 kWh.
  • Scénario mixte (2,3 %/an) : perte ≈ 18 % → SoH ≈ 82 % → capacité utile ≈ 61,5 kWh.
  • Scénario DC fréquent (>100 kW, 3,0 %/an) : perte ≈ 22 % → SoH ≈ 78 % → capacité utile ≈ 58,5 kWh.
  • Même dans le pire cas, après 8 ans la SoH resterait autour de 78 %, donc largement au‑dessus des seuils de garantie les plus courants (typiquement 70 % après 8 ans/160 000 km).

    Interprétation pratique : charge rapide oui, mais avec stratégie

    Ces chiffres lèvent un certain nombre d’alarmes : la charge rapide augmente la dégradation, mais l’effet est progressif et bien contenu. En pratique :

  • La charge DC à haute puissance reste parfaitement viable pour un usage quotidien ; elle n’« tue » pas la batterie rapidement.
  • Pour préserver la capacité à long terme, privilégier la charge AC (ou DC modérée) lorsque le temps le permet.
  • Éviter les charges permanentes à 100 % et les décharges répétées proches de 0 % ; la gestion des niveaux de charge a davantage d’effet que de s’en tenir à des règles rigides de « jamais charger rapidement ».
  • Conséquences pour les flottes et la gestion opérationnelle

    Les résultats ont une portée stratégique pour les gestionnaires de flotte : la télématique et l’analyse de données permettent d’adapter la politique de recharge aux contraintes opérationnelles tout en limitant l’impact sur le parc batterie.

  • Recommandation flottes : utiliser la plus faible puissance compatible avec les besoins opérationnels (scheduling des charges la nuit, DC ponctuel pour les besoins urgents).
  • Télématique : surveiller le SoH en continu pour planifier les rotations de véhicules et éviter les surprises financières.
  • Un message d’optimisme mesuré

    Globalement, l’étude conforte l’idée que les batteries modernes sont plus robustes qu’on ne le craignait. Les flottes et les conducteurs réguliers peuvent accepter l’usage de la charge rapide sans bouleversement majeur des prévisions d’entretien, à condition d’adopter une stratégie de charge réfléchie. La donnée est la clé : en connaissant le profil réel d’utilisation, on peut équilibrer disponibilité opérationnelle et longévité des packs.

    Impacts concrets pour le conducteur particulier

  • Si vous chargez principalement à la maison (AC), votre batterie vieillira lentement.
  • Si vous utilisez souvent la charge rapide (>100 kW), attendez‑vous à une usure plus rapide, mais pas catastrophique.
  • Petits ajustements utiles : limiter les charges à 100 % au strict nécessaire ; éviter des cycles profonds fréquents ; planifier la recharge lente quand le temps le permet.
  • En conclusion pragmatique : la charge rapide est un outil puissant pour la mobilité électrique, et son usage raisonné n’expose pas les batteries à une usure incontrôlable. Elle impose cependant des choix intelligents de gestion — tant au niveau individuel qu’au niveau des flottes — pour tirer le meilleur compromis entre disponibilité et longévité.

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