Itala renaît : un SUV « abordable » made in China, assemblé en Italie — retour ou recyclage de patrimoine ?
Après 91 années d’absence, la marque italienne Itala reprend vie sous l’égide du groupe DR Automobiles. Le premier modèle de cette renaissance, baptisé Itala 35, a été présenté à Turin dans le cadre du projet « Historic Italian Brands » (HIB). À première vue, il incarne la rencontre entre un nom chargé d’histoire et une stratégie industrielle contemporaine : technologie de grande série venue d’Asie, ajustements et finition effectués en Italie. Reste à savoir si ce cocktail permettra réellement de ressusciter une identité automobile ou s’il s’agira surtout d’une opération commerciale opportuniste.
Une base chinoise, une finition italienne : la recette choisie
Techniquement, l’Itala 35 repose sur la plateforme du Trumpchi GS3 Yingsu de GAC — un constructeur chinois. Autrement dit, la base (châssis, groupe motopropulseur, architectures principales) est d’origine asiatique. La DR Automobiles Group mise sur une « italiennisation » du produit : réglages du châssis, adaptation des systèmes électroniques, calibrage des assistances, intégration d’un habitacle aux matériaux plus nobles et montage final à Macchia d’Isernia (région du Molise).
Caractéristiques techniques : un SUV thermique « classique »
L’Itala 35 est un compact SUV de 4,41 m, positionné sur un segment très concurrentiel. Sous le capot, un bloc 1,5 l turbo développe 170 ch et 270 Nm, associé à une boîte double‑embrayage 7 rapports et à une traction avant. L’offre est résolument thermique : pas d’électrification au lancement, ce qui surprend dans un marché européen de plus en plus orienté vers l’hybridation et l’électrique.
Dimensionnement prix et équipement : une finition ambitieuse pour 35 000 €
Le prix annoncé — environ 35 000 € pour l’Italie — place l’Itala 35 sur un segment « accessible » mais non bas de gamme. La dotation présente un niveau de prestations élevé : jantes 20 pouces, toit panoramique, sellerie cuir/Alcantara, écran 10,25″, instrumentation numérique, assistances de conduite de niveau 2, caméra 360°, sièges avant ventilés et réglables électriquement, recharge sans fil, etc. L’effort d’équipement vise clairement à compenser l’origine industrielle asiatique et à offrir une signature perçue « premium accessible ».
Stratégie produit : un catalogue complet à terme
L’Itala 35 n’est que le premier chapitre. DR prévoit six modèles Itala et deux O.S.C.A., avec des architectures variées : moteurs thermiques, hybrides, plug‑in, range‑extender et, à terme, une citadine électrique d’environ 3,9 m. Parmi les projets évoqués figurent un Itala 56 avec range‑extender et un Itala 61 plug‑in de 231 ch. La stratégie est claire : partir d’un modèle « volume » pour élargir progressivement l’offre et intégrer des motorisations plus modernes.
Assemblage en Italie : vrai atout industriel ou simple étiquette ?
Le montage final en Italie et l’intervention d’Italdesign pour le design, ainsi que la responsabilité technique confiée à Roberto Fedeli (ex‑Ferrari/Maserati), visent à donner de la légitimité au projet. La production locale apporte des emplois et une valeur ajoutée nationale, mais il faudra observer le degré réel de « made in Italy » : quelle part de composants italiens, quel étagement des ajustements et surtout quel contrôle qualité sera réellement mis en œuvre ?
Risques et interrogations
Opportunités
À quoi rester attentif lors du lancement
L’Itala 35 représente une approche pragmatique : réanimer un patrimoine historique en le mariant à la production moderne à coût maîtrisé. Pour les amateurs d’automobile, ce projet mérite d’être suivi de près : il peut soit offrir une réussite industrielle intelligente, soit illustrer les limites du recyclage de marques historiques sans maîtrise complète de la chaîne de valeur.
