La mobilité électrique en Europe : pourquoi même la Belgique nous devance
La transition vers l’électrique progresse, mais pas aussi vite qu’on l’imagine. Selon l’étude récemment publiée par Berylls (AlixPartners), les ventes de véhicules électriques augmentent, certes, mais la part réelle des BEV dans le parc roulant européen reste très faible : à peine 3,5 %. Autrement dit, on vend déjà des véhicules électriques, mais cela n’affecte la flotte qu’au compte‑gouttes. Et c’est précisément ce décalage entre ventes annuelles et part de parc qui explique pourquoi des pays comme la Belgique peuvent sembler devancer des marchés plus grands comme l’Allemagne.
Ventes vs parc : la mécanique qui freine le basculement
Le constat de Berylls est limpide : se concentrer uniquement sur les parts de marché annuelles est trompeur. Même si l’on atteint par exemple 20 % d’électriques parmi les nouvelles immatriculations, la flotte totale ne gagne que quelques points par an. En Europe, le taux d’électrification de la flotte progresse lentement car les véhicules restent en circulation longtemps et la base des véhicules thermiques est massive. Pour changer la donne, il faut donc non seulement vendre beaucoup de VE chaque année, mais aussi accélérer le renouvellement de la flotte.
Belgique : quel est le secret ?
La Belgique illustre comment une politique publique cohérente peut stimuler les ventes électriques. Là‑bas, les mesures fiscales pour les entreprises permettent une amortisation comptable très avantageuse des BEV (déductibilité plus agressive), ce qui a rendu les voitures électriques particulièrement attractives pour les flottes professionnelles. Résultat : le taux de ventes a fortement augmenté en quelques années et, corrélativement, la part de BEV dans la flotte s’en est retrouvée renforcée.
Quels freins structurels en Europe ?
Le rôle capital des flottes professionnelles
Un point crucial souligné par l’étude : le déploiement des VE est aujourd’hui avant tout tiré par les flottes professionnelles, qui représentent environ 60 % du marché. Les acheteurs privés suivront plus tard, probablement vers 2030, quand la parité TCO et la densité des modèles adaptés au budget moyenne gamme auront progressé. Pour accélérer l’électrification de la flotte, il faut donc agir sur la fiscalité et les avantages comptables qui influencent les décisions des entreprises.
Recharge : nécessité d’une stratégie ciblée
La question des infrastructures est récurrente. Les chiffres montrent que certains pays (Norvège) ont bien plus de bornes rapides par véhicule que d’autres. Mais l’important n’est pas seulement la puissance des chargeurs : leur localisation l’est tout autant. Les chargeurs doivent être installés sur les axes routiers pertinents et à proximité des hubs logistiques et commerciaux, pour éviter que le conducteur doive faire un détour de 20 minutes. Par ailleurs, la majorité des charges continue de se faire à domicile ou au travail—d’où l’importance d’une offre complète et intégrée.
Faut‑il des mégawatts partout ?
La question des Megawatt‑chargers agite les débats : l’étude et les experts estiment que, statistiquement, la puissance moyenne exploitée sur la durée d’un cycle de charge restera sous 130 kW dans la majorité des cas. Les mégawatts sont utiles pour certains camions et usages industriels, mais pour la voiture particulière, l’implantation stratégique de bornes 150–350 kW sur les axes majeurs a plus d’impact que des chargeurs extrêmes disséminés au hasard.
Quelles mesures pour accélérer la transition ?
Scénarios possibles d’ici 2035
Atteindre l’objectif officiel d’une Europe sans nouveaux véhicules thermiques en 2035 reste possible mais exige une méthode cohérente : montée en puissance des ventes BEV, conversion soutenue des flottes, renouvellement accéléré du parc et infrastructure massivement coordonnée. Sans ces leviers conjugués, les projections indiquent qu’en 2035 la part de voitures électriques dans la flotte européenne pourrait n’être que modérée (autour de 30 % dans un scénario ambitieux), loin de l’idéal souhaité.
Ce que cela signifie pour les conducteurs et les acteurs industriels
Pour les conducteurs : vérifiez l’offre locale (incitations, accès aux bornes) et anticipez l’achat d’un BEV si vous pouvez bénéficier d’avantages fiscaux ou d’une solution de recharge fiable. Pour les constructeurs : investir dans des modèles abordables et s’aligner sur des partenariats d’infrastructure est devenu impératif. Enfin, pour les décideurs publics : privilégier la stabilité et la visibilité des mesures pour éviter que l’électrification soit brisée par des politiques à courte vue.
En résumé, l’électrification en Europe est un chantier gagnant, mais encore inachevé. La Belgique a su combiner fiscalité et orientation flottes pour accélérer le mouvement ; d’autres pays peuvent s’en inspirer. La route vers 2035 est tracée, mais elle requiert cohérence, investissements et patience stratégique.
