Le moteur « U » renaît : quelle place pour cette technique oubliée dans les moteurs thermiques de demain ?
Avec la remise en question d’une mort imminente du moteur thermique et la recherche d’optimisations pour réduire les consommations et émissions, des architectures anciennes refont surface. Parmi elles, le « U‑moteur » — une configuration qui a connu ses heures de gloire il y a un siècle — suscite de nouveau l’intérêt. Loin d’être un simple exercice de style historique, l’idée d’un moteur double‑rangée ou d’un hybride U‑VR pourrait apporter des solutions aux limites actuelles des moteurs à combustion interne.
Qu’est‑ce qu’un « U‑moteur » ?
Historiquement, on appelle U‑moteur un groupe moteur composé de deux rangées de cylindres, chacune entraînée par sa propre vilebrequin, les deux vilebrequins étant reliés par un train d’engrenages. On retrouve ce principe sur de grosses unités diesel (locomotives, navires) et sur certaines réalisations automobiles et aéronautiques anciennes. Bugatti a utilisé des U16 sur ses châssis de course à la fin des années 1920, tandis que dans les années 1970‑80 certains projets moto exploitèrent des variantes en deux‑temps.
Pourquoi rouvrir ce dossier aujourd’hui ?
La réponse tient en deux points complémentaires : d’une part, la recherche d’une meilleure densité de puissance dans des gabarits contraints ; d’autre part, l’optimisation thermique et des flux de gaz qui freinent souvent les architectures compactes contemporaines (VR, V à petit angle). La combinaison U + VR, telle qu’illustrée par des développements récents sur des moteurs moto, propose des angles de résolution intéressants : réduire la largeur globale du moteur tout en favorisant l’équilibrage des masses et en améliorant la gestion thermique des flux d’admission et d’échappement.
Le « U‑VR » expliqué : un mariage technique
Le concept moderne le plus parlant est celui d’un bloc à cinq cylindres développé récemment dans l’univers de la moto : trois cylindres en première rangée, deux en seconde. La particularité est d’imbriquer les cylindres arrière dans les interstices de la première rangée — comme dans un VR — mais de conserver une seconde vilebrequin. Résultat : possibilité d’avoir un seul culasse (donc une meilleure compacité verticale) et un découplage des masses qui évite certaines contraintes de « schränkung » propres aux VR classiques.
Les avantages potentiels
Les défis techniques à surmonter
Rien n’est magique : la deuxième vilebrequin ajoute du poids, de la friction et de la complexité mécanique (engrenages d’accouplement, paliers supplémentaires). La fabrication devient aussi plus onéreuse et nécessite des tolérances élevées. En outre, l’implantation d’un système d’injection au‑dessus de la culasse, nécessaire pour alléger la géométrie d’admission, élève la hauteur du groupe moteur — un problème dans les compartiments avant modernes où l’espace vertical est limité.
Thermique et acoustique : deux angles clés
Sur les VR classiques, l’un des problèmes majeurs réside dans l’irrégularité des longueurs de conduits d’admission et d’échappement, qui complique le calage des flux et génère des différences thermiques entre cylindres. Le montage U‑VR atténuerait ce défaut en centralisant partiellement l’admission et en évitant que les gaz chauds des cylindres arrière traversent la zone d’admission frontale. Sur le plan acoustique, la métrologie des masses tournantes et la maîtrise des fréquences propres demandent un travail d’équilibrage poussé, mais offrent la promesse d’un comportement plus doux qu’un VR très étroit.
Où ce concept a‑t‑il déjà émergé ?
Des maisons comme MV Agusta ont présenté des prototypes ou concepts proches, notamment des moteurs cinq cylindres utilisant des principes apparentés. L’intérêt du monde motocycliste pour ces architectures tient à la nécessité d’obtenir des puissances élevées dans des volumes restreints — une contrainte moins radicale sur automobile, mais néanmoins pertinente pour des configurations spécifiques (voitures sportives compactes, supercars, voire moteurs range‑extender pour véhicules électriques).
Le bilan industriel : opportunités et limites
En clair, le U‑VR n’est pas une panacée. Il ne remplacera pas les architectures éprouvées du jour au lendemain, mais il offre une piste intéressante pour des segments précis où la compacité et la performance sont décisives.
Scénarios d’adoption à moyen terme
Plusieurs voies semblent plausibles : 1) usage dans des moteurs de niche (supercars, micro‑voitures sportives) ; 2) intégration comme prolongateur d’autonomie dans des groupes hybrides ou hybrides rechargeables, où la compacité du moteur est un atout ; 3) développement pour carburants synthétiques ou e‑carburants, où le rendement et la gestion thermique deviennent cruciaux. Les grands acteurs du marché n’adopteront ces architectures que si elles se montrent compétitives en coût et robustesse, ou si les contraintes réglementaires/redesign poussent à une recherche de nouvelles solutions.
Que faut‑il surveiller maintenant ?
Le retour du U‑moteur n’est pas un simple effet nostalgique : il répond à des contraintes techniques bien réelles et propose une alternative conceptuelle. Reste à transformer le potentiel théorique en robustesse industrielle et en compétitivité économique. Si les prochains développements confirment les gains thermiques et les possibilités d’équilibrage, nous pourrions voir renaître, dans des formes modernisées, une famille de moteurs que l’on croyait reléguée aux musées.

