Le Porsche 911 GT2 RS « Flachbau RS » : quand un client réinvente l’Elfer à la sauce 935

Il y a des réalisations d’atelier qui frôlent l’art autant que l’ingénierie — la « Flachbau RS » sur base de 911 GT2 RS en est une. Commandée par un client exigeant et développée par un plateau d’équipes de Porsche (Sonderwunsch, Style Porsche, l’ingénierie de Weissach, Motorsport et Manthey), cette transformation a mis trois ans à aboutir. Le résultat ? Un 911 radicalement remodelé pour évoquer le mythique 935 « Moby Dick », tout en conservant l’âme mécanique de la GT2 RS d’origine.

Une esthétique qui parle aux amateurs d’histoire

Le concept de « Flachbau » (nez plat) n’est pas nouveau chez Porsche : déjà dans les années 1980, certains 930 adoptaient une face avant « Slant Nose ». Ici, l’inspiration est plus directement empruntée au 935/78, avec une réinterprétation moderne signée Grant Larson. La face avant adopte une « kaskade » de phares extrêmement plats — trois modules LED par côté disposés en terrasses — et un élément en U qui renvoie aux lignes Martini du 935. La teinte Grandprixweiß, les zones en carbone apparent et le contraste mat/noir renforcent la filiation visuelle avec la machine de Le Mans.

Un traitement poids‑plume sans toucher au V8‑douze ?

Point intéressant : sous le capot, rien ne change. Le client voulait garder les performances du GT2 RS, et Porsche l’a respecté. Là où les ingénieurs ont agi, c’est sur le poids et l’efficacité : par une politique de dégraissage extrême, 31,6 kg ont été éliminés. Suppression de l’autoradio et du PCM, retrait de l’isolation acoustique, panneaux allégés, câblage simplifié et surfaces intérieures peintes en métal blanc ont permis de gagner du poids sans altérer la structure ou la mécanique. Les sièges baquet en carbone intègrent la broderie « Flachbau RS » et une plaque « Factory One‑Off 2026 » rappelle le caractère unique de l’exemplaire.

Aérodynamique : un gros travail en soufflerie

Outre la transformation de la proue, la Flachbau RS reçoit un package aérodynamique conséquent : splitter avant, structure arrière de type Manthey (fond plat optimisé, diffuseur), aero‑discs sur les roues arrière et surtout un immense aileron hérité du GT3 R. Ce dernier, 5 cm plus haut que la pièce 992, se règle manuellement sur trois positions et ses caractéristiques sont brevetées. Les essais en soufflerie et piste (Weissach, Mendig, Nürburgring) ont abouti à des gains concrets : en position « High Downforce » et « Low Downforce », le surcroît d’appui à l’essieu arrière se situe respectivement à +2 % et +3 % par rapport à un GT2 RS Manthey. À 340 km/h, l’unique exemplaire développe 554 kg d’appui sur l’essieu arrière — un chiffre qui illustre la stabilité exceptionnelle rapportée par les pilotes.

Des essais intensifs : du Nürburgring au banc de fatigue

Porsche n’a pas orchestré une simple opération de style. Trois véhicules d’essai ont été produits, passés par WLTP… enfin, par soufflerie et circuits d’essai. L’aile a été éprouvée sur l’aéroport de Mendig, sur la piste de Weissach et à la Nordschleife pendant une simulation de charge d’environ 150 000 km — un protocole qui traduit la rigueur industrielle derrière le projet « one‑off ». Le retour de pilote, notamment Lars Kern, souligne la constance et la précision du comportement, même à très haute vitesse.

Intérieur : l’ultra‑fonctionnel comme manifeste

À l’intérieur, la logique du poids guide chaque choix. Le PCM disparaît au profit d’un rangement recouvert de cuir, la chaîne audio est supprimée, les revêtements réduits au strict minimum. Le câblage simplifié et la visibilité de certaines nappes techniques donnent une impression d’atelier racé, presque « moto‑like ». Le message est clair : on cherche la performance pure et le lien direct pilote‑machine.

Un client, une voiture, des brevets

Au‑delà de l’esthétique et des performances, ce projet illustre la capacité de Porsche à transformer une demande client en prototype validé. Le fait que certaines pièces, comme le nouveau volet d’aileron, soient brevetées montre que les innovations apportées — même sur un exemplaire unique — nourrissent l’ingénierie produit. Porsche capitalise ainsi sur le retour d’expérience pour éventuellement décliner certaines idées sur des séries spéciales ou des kits compétition.

Que retenir pour le passionné ?

  • La « Flachbau RS » est une démonstration de savoir‑faire : esthétique historique, haut niveau d’essais et validation technique.
  • Le choix volontaire de conserver le moteur met en lumière la confiance de Porsche dans la base GT2 RS et la volonté de travailler sur l’efficacité aérodynamique et la masse.
  • La personnalisation extrême et la validation par des tests intensifs montrent que les « One‑Off » ne sont pas des créations purement esthétiques mais des projets d’ingénierie sérieux.
  • En fin de compte, cette Flachbau RS est à la fois un hommage et une expérimentation. Hommage au 935 qui a marqué l’histoire, expérimentation technique qui pourra, de façon plus ou moins directe, irriguer l’ingénierie des prochains modèles. Pour les amateurs, elle représente la quintessence du « désir automobile » : l’exclusivité, la performance et la filiation historique, réunies dans un seul châssis.

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