Le gadget Flipper Zero : de l’outil de pentesting au cheval de Troie pour voleurs d’autos
À l’origine, le Flipper Zero a séduit la communauté des « ethical hackers » comme un mini-ordinateur portable capable d’interagir avec des dizaines de protocoles radio, infrarouge, NFC, et même des signaux domotiques. Vendu 199 $, il permettait de réaliser des audits de sécurité sur des objets connectés ou des systèmes sans fil. Malheureusement, son accessibilité et sa polyvalence ont rapidement attiré l’attention de réseaux criminels spécialisés dans le vol de véhicules.
Comment fonctionne réellement le Flipper Zero « Unleashed » ?
La version « Unleashed » de la firmware modifiée transforme le Flipper Zero en un véritable expandeur de clé électronique :
- Emulation RFID et keyless entry : le Flipper peut lire, cloner et rejouer les signaux basse fréquence (125–134 kHz) utilisés par certains systèmes d’ouverture à distance.
- Capture et réémission de codes rolling : grâce à un module radio 315/433 MHz, il intercepte les séquences « rolling code » de portières, les déchiffre puis les rejoue pour déverrouiller le véhicule.
- Interfaces universelles : port USB-C pour charger l’appareil et injecter des mises à jour, écran OLED lisible en extérieur, menus rapides pour sélectionner la marque du véhicule ciblé.
- Logiciels personnalisés : la firmware « Unleashed » vendue entre 600 et 1 000 $ propose des « patches » dédiés aux marques Ford, VW, Audi, Kia, Hyundai ou Subaru, sans nécessiter de matériel supplémentaire.
L’ampleur de la menace et les véhicules vulnérables
Selon les enquêtes publiées par 404 Media, ce n’est pas un simple gadget de niche : des ateliers illégaux et des cleptomanes auto le commercialisent comme une solution full-service pour cambrioler une flotte de voitures sans effraction mécanique. Les modèles concernés incluent :
- Les SUV Ford équipés de systèmes keyless plus anciens (Focus, Escape jusqu’en 2022)
- Les Audi A4, A6 et Q5 (modèles à RFID simple générateur de code)
- Les Volkswagen Golf et Tiguan (version sans double authentification)
- Les Hyundai Tucson et Kia Sportage (anciens systèmes d’accès sans clé)
- Certains Honda CR-V et Subaru Forester produits avant 2024
Ces véhicules partagent un point faible : l’absence de calcul cryptographique robuste pour les rebonds de code, ou l’utilisation de puces à portée élevée faciles à cloner. Avec une « ombre digitale » du véritable transpondeur, le Flipper Zero peut simplement « ouvrir » la voiture, même si le démarrage reste parfois impossible sans accès à la CAN-Bus interne.
La riposte des constructeurs automobiles
Face à cette montée en puissance des vols électroniques, les marques ont lancé plusieurs chantiers :
- Mise à jour OTA : certains modèles récents reçoivent désormais des patchs logiciels pour renforcer l’authentification rolling code ou limiter les ports radio inutilisés.
- Ajout de PIN : activation d’une saisie de code PIN sur le smartphone ou le tableau de bord avant l’ouverture des portes.
- Validation multi-facteurs : combinaisons Bluetooth, NFC passif et émission sonore (ultrasons) pour créer une empreinte unique impossible à reproduire.
- Campagnes de rappel : filtrage des modèles produits avant l’intégration des nouvelles sécurités et invitation sous condition à l’installation gratuite d’un module crypté.
Pour l’instant, Ford et VW ont été les plus réactifs en communiquant publiquement sur les mises à jour disponibles. D’autres manufacturiers préfèrent agir discrètement pour ne pas alarmer leur clientèle, mais risquent ainsi de laisser courir le risque d’atteinte à leur image.
Préserver votre véhicule : bonnes pratiques pour les propriétaires
En complément aux actions des constructeurs, voici quelques mesures simples à mettre en œuvre :
- Stationnez en garage fermé plutôt qu’en extérieur, pour réduire la portée radio et la facilité d’interception.
- Désactivez le keyless entry si votre véhicule propose un interrupteur caché (dans l’accoudoir ou la boîte à gants).
- Installez un étui anti-ondes (Faraday) pour votre clé : cela bloque toute émission non sollicitée.
- Mettez à jour régulièrement le logiciel embarqué via votre concessionnaire pour bénéficier des derniers correctifs de sécurité.
- Surveillez votre smartphone : si vous utilisez l’application de déverrouillage, assurez-vous que le Bluetooth et la connexion cellulaire sont protégés par mot de passe/appareil biométrique.
L’évolution technologique face à la criminalité numérique
Le cas du Flipper Zero démontre qu’une innovation destinée aux tests de sécurité peut rapidement servir des desseins criminels. Dans un monde où la voiture devient un terminal connecté à l’écosystème IoT, il est crucial que les constructeurs intègrent une sécurité « par défaut » et transparente pour l’utilisateur. Les futures générations de véhicules devraient inclure :
- Protocoles de chiffrement avancés dans le domaine radio (identifiants dynamiques par clé asymétrique).
- Authentification biométrique (empreinte digitale ou reconnaissance faciale intégrée au véhicule).
- Surveillance en temps réel des accès électroniques via des serveurs cloud sécurisés, avec blocage instantané en cas de détection d’anomalie.
Seule une alliance étroite entre ingénieurs, professionnels de la cybersécurité et autorités de régulation garantira que l’automobile de demain reste à la fois connectée et protégée contre les menaces émergentes.