Un Ford F‑600 transformé en bouclier anti‑drones : le Leonidas AGV expliqué
Le Leonidas AGV (Autonomous Ground Vehicle) attire l’attention autant par sa base que par son rôle : une plate‑forme Ford F‑600, robuste et familière dans le monde civil, accueille un système « non‑cinétique » capable de neutraliser des drones via des impulsions micro‑ondes. Présenté récemment, ce prototype résulte d’une coopération entre Epirus, General Dynamics Land Systems et Kodiak AI. L’objectif affiché est simple et ambitieux : disposer d’une solution mobile, rapide à déployer et capable de contrer des essaims de drones sans recourir à des munitions classiques.
Pourquoi un pick‑up lourd comme châssis ?
Le choix d’un Ford F‑600 comme véhicule porteur n’est pas anodin. Ce camionnet mid‑size est répandu sur les chantiers, chez les artisans et dans les services municipaux. Sa structure robuste offre plusieurs avantages techniques pour une solution militaire ou para‑militaire :
Autrement dit, utiliser une plateforme commerciale limite le développement « from scratch » et accélère la mise en service. C’est une stratégie pragmatique quand la priorité est la réactivité face à une menace émergente comme les drones civils et militaires.
Comment fonctionne le « non‑kinetic effect » ?
Le cœur du Leonidas AGV est l’émetteur de micro‑ondes à haute énergie. Contrairement aux armes cinétiques (projets, lasers destructeurs), ce dispositif vise l’électronique embarquée des drones : contrôleurs de vol, modules GNSS, radios de liaison. En saturant, en brouillant ou en endommageant ces composants, la plateforme provoque la perte de contrôle, le retour automatique au point de départ, ou la chute du drone.
Il s’agit toutefois d’un effet « ciblé » sur l’électronique — l’efficacité dépendra du blindage des drones, de la fuite des ondes et des protections spécifiques (hardening) mises en place par l’adversaire.
Autonomie et modularité : le rôle de l’intelligence embarquée
Le Leonidas AGV combine cet outil électromagnétique avec des capacités d’autonomie. Le véhicule peut suivre des routes programmées, patrouiller dans une zone définie, ou être piloté à distance. Kodiak AI apporte son expertise en conduite autonome : navigation, évitement d’obstacles, positionnement optimal pour maximiser l’efficacité du faisceau. Cette autonomie permet de réduire l’exposition humaine sur les zones à risque et d’assurer une couverture continue.
Domaines d’emploi envisagés
Le profil d’usage du Leonidas est multiple. Les développeurs et partenaires le positionnent sur la protection d’infrastructures critiques (aéroports, ports), sur la sécurisation d’événements sensibles et dans des contextes militaires pour contrer des attaques de drones. Sa mobilité permet d’assurer des missions temporaires ou des relèves sur de larges périmètres — avantage en comparaison avec les installations fixes, plus vulnérables et plus coûteuses à déplacer.
Questions éthiques, juridiques et opérationnelles
Un système qui interfère volontairement avec l’électronique soulève immédiatement des questions :
Le cadre d’emploi devra donc être strict, assorti d’analyses d’impact et d’une doctrine claire. Les acteurs ont intérêt à présenter des garanties techniques (F‑test de non‑nocivité), des règles d’engagement et des procédures de minimisation des interférences hors cible.
Aspects techniques pratiques pour l’industrie auto
Pour les constructeurs et installateurs, plusieurs défis techniques méritent d’être soulignés :
Perspective stratégique
Le Leonidas AGV illustre une tendance : réutiliser des plates‑formes civiles éprouvées pour accélérer l’arrivée de capacités nouvelles sur le terrain. Approche pragmatique, mais exigeante en termes de gouvernance et d’acceptation. Techniquement prometteur pour contrer la menace drone, il impose aussi de claires règles d’emploi et une coopération étroite entre fabricants, autorités et opérateurs pour garantir efficacité et sécurité.

