La confrontation entre l’Alpine A110 GT et la Lotus Emira Turbo SE interroge une idée reçue : dans le duel des coupés légers à moteur central, est‑ce l’équilibre technique qui l’emporte toujours ? Après avoir passé ces deux autos sur notre banc et parcouru des routes de tous types, il apparaît que la réponse n’est pas si simple. Voici un compte‑rendu détaillé, technique et pragmatique, des forces et faiblesses de chacune — utile si vous hésitez entre le charme joueur d’une A110 et la précision pointue d’une Emira.
Poids et philosophie : la loi du kilogramme
Le premier enseignement saute aux yeux sur la balance : l’Alpine A110 GT affiche 1 133 kg, tandis que la Lotus Emira Turbo SE pèse environ 1 477 kg. Ce delta de près de 350 kg est fondamental et explique en grande partie les sensations divergentes. Alpine cultive encore le principe du light‑weight : moins de masse, moins d’inertie, un comportement plus joueur. Lotus, malgré ses antécédents de spécialiste du poids plume, a ici opté pour une architecture un peu plus lourde, mais dotée d’un moteur bien plus puissant.
Motorisations et chiffres : couple, puissance et performances
Sur le papier, l’Emira reprend le 2.0‑l turbo dérivé de Mercedes‑AMG, poussé ici à 406 ch, tandis que l’A110 GT développe autour de 300 ch. En pratique, la Lotus est plus rapide : 0‑100 km/h en 4,2 s contre 4,5 s pour l’Alpine. Cependant, les écarts ne deviennent franchement sensibles qu’au‑delà des vitesses intermédiaires. L’avantage de la Lotus est clair en terme de reprises et de performances pures ; l’Alpine compense par son poids ultra‑contenu, qui maintient une vivacité remarquable.
Comportement dynamique : émotion vs précision
Sur les petites routes sinueuses, l’A110 GT séduit par son tempérament joueur : entrée de courbe mal dosée, légère tendance au sous‑virage compensée par un arrière prompt à s’exprimer lors des changements de charge, le tout offrant un cocktail de sensations très engageant. L’ESP plutôt permissif laisse place à des petites traverses contrôlées — c’est exactement le caractère que beaucoup recherchent dans une petite GT récréative.
La Lotus, elle, mise sur la précision : direction ultra‑directe, réponse franche, châssis plus ferme qui digère les sollicitations à haute vitesse. Dans les tests de slalom, de changement de file et de freinage d’urgence, l’Emira montre un avantage net. Ses freins (plus gros et plus endurants) offrent des décélérations plus courtes et plus reproductibles que ceux de l’Alpine.
Confort et ergonomie : l’usage au quotidien
Sur les longues étapes, l’A110 se révèle étonnamment permissive : suspension plus souple, sièges offrant une position confortable malgré un encombrement intérieur réduit. L’ergonomie reste classique Alpine, avec des organes placés bas et un volant à la prise plaisante — tout n’est pas perfectible, mais la convivialité est présente.
La Lotus, à l’inverse, opte pour une assise plus ferme et une ergonomie plus moderne (matériaux cossus, traitement intérieur soigné), mais l’auto se montre moins tolérante sur de longs parcours pour les grands gabarits : la position de conduite et certains réglages de sièges peuvent devenir fatigants sur plusieurs heures. L’Emira paraît plus orientée « performance pure » que « confort quotidien ». La qualité de fabrication et les équipements penchent cependant en faveur de la Lotus.
Technique et aides : le rôle des pneumatiques et des freins
Les pneus et le système de freinage sont deux variables déterminantes. Lotus a équipé l’Emira de gommes et d’un dispositif de freinage supérieurs, ce qui explique ses meilleurs chiffres au freinage et sa constance sur la durée. Alpine conserve une excellente adhérence générale, mais la combinaison des pneumatiques et du freinage la positionne derrière sur les tests sévères.
Sonorité et caractère : l’attention aux détails
Si la Lotus se distingue par une sonorité travaillée (malgré le moteur 4‑cylindres, le rendu a du coffre et une signature volontairement « Lotus »), l’Alpine séduit par une musicalité plus discrète, mais directe et typée. Sur ce point, la perception est subjective : certains préféreront l’irrévérence sonore de l’Emira, d’autres la finesse et le côté « puriste » de l’A110.
Prix et rapport plaisir / valeur
Clairement, l’Emira se positionne bien au‑dessus sur le plan tarifaire : elle coûte sensiblement plus que l’A110. Le surcoût doit être mis en balance avec des prestations techniques supérieures (puissance, freins, équipements). Pour un conducteur cherchant la performance mesurable et une dotation supérieure, la Lotus peut s’imposer. Pour celui qui veut un plaisir de conduite léger, complice et moins ostentatoire, l’Alpine offre un rapport émotion/prix difficilement contestable.
Verdict : pourquoi l’équilibre ne suffit pas toujours
Au terme de nos essais, il apparaît que l’équilibre technique (c’est‑à‑dire une voiture bien née sur tous les points) n’est pas l’unique critère de la victoire en condition réelle. L’Emira gagne sur la rigueur, la puissance et les chiffres qui comptent sur la chronométrie. L’A110 conquiert par l’âme, l’agilité et le charme puriste. Selon votre priorité — performances mesurables ou plaisir sensible — le verdict changera.
En résumé, la « meilleure » voiture dépend moins d’un palmarès abstrait que de vos attentes personnelles : les 0,3 ou 0,5 secondes quelconques sur une reprise importent peu si vous roulez pour le plaisir instantané ; inversément, si vous cherchez la meilleure marge de sécurité et la supériorité en chiffres bruts, la Lotus vous donnera plus. Voilà une rare confrontation où la technique et l’émotion se répondent plus qu’elles ne se neutralisent.

