La petite entreprise Hans Glas GmbH, née dans la fabrication de machines agricoles, a su se réinventer dans l’après‑guerre. Du scooter Goggo aux célèbres Goggomobil, Glas a progressivement monté en gamme jusqu’à présenter, en 1963 à l’IAA, un coupé qui allait surprendre : le Glas 1300 GT. Dessiné par Pietro Frua et produit entre mars 1964 et septembre 1967, ce coupé compact a la prétention d’offrir des sensations proches de voitures bien plus prestigieuses — parfois comparé au Porsche 356 — pour un coût nettement inférieur. J’ai relu le banc d’essai original d’auto motor und sport et repensé ce que ce modèle représente aujourd’hui : une leçon d’ingénierie régionale et de design italien au service d’un projet allemand.
Un design qui trahit ses origines italiennes
Le Glas 1300 GT doit beaucoup à Pietro Frua. Les lignes du coupé sont pures, harmonieuses, avec une allure résolument européenne et un profil tiré qui rappelle certains coupés italiens de l’époque. Sur la route, cette silhouette lui donne une présence qui trahit son ambition : regarder vers le haut de gamme tout en restant accessible. Les surfaces sont simples mais travaillées, et l’équilibre entre capot long et habitacle compact fonctionne. À l’intérieur, l’espace est raisonnable pour deux, l’ergonomie reste sobre — mais c’est l’esprit des années 60 : simplicité, fonctionnalité, et quelques touches de raffinement.
Mécanique : un quatre‑cylindres bien né
Ce qui impressionne chez Glas, ce sont les solutions techniques qui semblaient à l’époque plutôt audacieuses pour un constructeur de Dingolfing : moteurs quatre cylindres avec arbre à cames en tête entraîné par courroie crantée (tandis que beaucoup utilisaient encore des arbres à cames latéraux), bon compromis entre performance et souplesse. Le 1300 GT se montre étonnamment vif pour sa cylindrée — offrant une tenue de route équilibrée et une réponse moteur qui séduit dès les bas régimes. Selon les essais de 1965, la tenue de route et la direction sont cohérentes, et la voiture « va comme un Porsche 356 » sur certains points, notamment la vivacité en courbe et la sensation de poids maîtrisé.
Châssis et comportement dynamique
Le châssis du Glas 1300 GT privilégie l’agilité : essieu arrière rigide, mais réglages soignés et suspensions qui favorisent la maniabilité. Sur routes sinueuses, l’auto se montre joueuse sans être instable, avec un équilibre entre adhérence et survirage progressif. Les freins, pour leur part, sont conformes à l’époque : efficaces mais demandant une gestion fine à haute vitesse. L’ensemble confère au 1300 GT un comportement typé grand tourisme compact : capable d’attaquer les paysages vallonnés, mais aussi de parcourir des itinéraires quotidiens sans heurts majeurs.
Confort et usage au quotidien
Le 1300 GT n’est pas un vaisseau de luxe, loin de là ; il propose un confort simple mais honnête. L’habitabilité à l’avant est correcte, tandis que la banquette arrière accepte deux passagers en dépannage ou du bagage. Les matériaux sont robustes, sans prétention mais bien assemblés — l’économie de moyens est compensée par une vraie rigueur de fabrication. Côté bruit et vibrations, le moteur est relativement lisse pour l’époque, contribuant à une expérience de conduite agréable sur longs trajets.
Rapport qualité‑prix : l’atout majeur
Ce qui distingue réellement le Glas 1300 GT, c’est son positionnement tarifaire. Auto motor und sport pointait déjà dans les années 60 que le coupé offrait une fraction du prix d’un Porsche 356 tout en s’en approchant sur un certain nombre de qualités dynamiques. Pour un passionné souhaitant un coupé au caractère sportif sans casser son épargne, le Glas représentait une alternative intelligente. Aujourd’hui encore, ce critère demeure : face à des marques premium, des autos comme le Glas montrent comment optimiser design, mécanique et coût sans sacrifier l’expérience de conduite.
Forces et faiblesses : bilan technique
Ces points reflètent l’équilibre classique des voitures de cette époque : beaucoup de charme et d’ingéniosité mécanique, mais un niveau de raffinement et de sécurité loin de ce que la technologie moderne apporte.
Pourquoi le Glas 1300 GT fascine encore
Au‑delà des chiffres et des comparaisons, le Glas 1300 GT représente une histoire de résilience industrielle. À une époque où l’automobile n’était pas encore homogénéisée par la mondialisation, une firme régionale comme Glas a su combiner design international et solutions techniques astucieuses pour créer une automobile qui parlait à l’émotion autant qu’à la raison. Pour les collectionneurs et amateurs d’auto classiques, il incarne un compromis attractif entre plaisir de conduite et accessibilité financière — une alternative historique aux icônes plus onéreuses.
En relisant les essais d’époque, on comprend mieux l’enthousiasme suscité par ce petit coupé : il n’est peut‑être pas, sur la papier, « meilleur » que certaines Alfa Romeo ou Porsche sur chaque critère, mais il réussit à rassembler les qualités essentielles d’un bon coupé sportif tout en restant raisonnable sur son prix — une recette qui suscite toujours l’intérêt des passionnés d’automobile d’hier et d’aujourd’hui.

