Lamborghini remet le couvert avec une démonstration de savoir‑faire extrême : la Fenomeno Roadster. Ce « few‑off » (édition ultra‑limitée) prend la suite du coupé présenté en 2025, mais ce n’est pas une simple découpure de toit. Lamborghini a repensé la voiture pour en faire une véritable supercar découvrable — 15 exemplaires seulement, une motorisation hybride V12 + trois moteurs électriques et des performances qui flirtent avec l’absurde. Voici ce qu’il faut retenir, décortiqué point par point.
Un châssis spécifique pour un cabriolet extrême
Contrairement à une transformation « classique » coupé → roadster, la Fenomeno Roadster repose sur une monocoque carbone spécialement développée associée à des structures de crash en Forged Composite. L’objectif : préserver une rigidité proche de celle de la version coupé tout en limitant le surpoids lié à la suppression du toit. Lamborghini annonce « seulement quelques kilos » en plus, résultat d’un savant mélange de fibres courtes et longues et d’une matrice fluide brevetée — une approche qui se rapproche plus du laboratoire que de la simple carrosserie modifiée.
Une aérodynamique retravaillée pour l’habitacle ouvert
Ouvrir un toit, c’est casser la circulation de l’air. Les ingénieurs l’ont bien compris : la Roadster reçoit des surfaces supérieures redessinées et des éléments aérodynamiques nouveaux pour conserver pratiquement les mêmes niveaux d’appui, stabilité et équilibre que le coupé. Un spoiler surplombant le pare‑brise canalise l’air au‑dessus de l’habitacle vers le capot moteur, améliorant l’alimentation en air du V12 sans nécessairement recourir au S‑duct de la version fermée, et limitant les turbulences à hauteur des occupants.
La motorisation : le V12 ultime, + l’électrique pour la performance
Le cœur de la Fenomeno Roadster est un V12 atmosphérique 6,5 litres poussé à 835 ch à 9 250 tr/min et 725 Nm à 6 750 tr/min — Lamborghini le présente comme le V12 le plus puissant jamais réalisé par la marque (plus de 128 ch/litre). À cela s’ajoutent trois moteurs électriques (deux à l’avant, un au‑dessus de la boîte DCT 8 rapports), offrant 245 ch supplémentaires et des fonctions avancées comme le torque vectoring et la récupération d’énergie. La batterie est une unité Li‑ion de 7 kWh — suffisante pour de courts déplacements en mode électrique mais surtout pensée pour optimiser les phases de boost. La puissance système culminerait à 1 080 ch.
Performances : chiffres de supercar
Les chiffres annoncés font tourner la tête : 0‑100 km/h en 2,4 s, 0‑200 km/h en 6,8 s et une vitesse de pointe au‑delà de 340 km/h. Autant dire que la Fenomeno Roadster se pose comme le roadster de série (ou presque) le plus rapide et le plus performant que Lamborghini ait construit. Pour tenir ces performances, la voiture reçoit amortisseurs racing réglables, freins carboceramiques CCM‑R Plus et des pneumatiques Bridgestone Potenza Sport développés sur mesure — 265/30 ZR21 à l’avant et 355/25 ZR22 à l’arrière, avec option semi‑slick homologué route pour piste.
Design : hommage et modernité
Esthétiquement, la Fenomeno Roadster reste fidèle au langage visuel du coupé — lignes basses, thème hexagonal récurrent — tout en tirant un trait sur la pure copie. Les arceaux anti‑roulis ont été intégrés très bas et se fondent dans des « speedster‑humps » derrière les sièges pour préserver l’allure « speedster » sans nuire à l’aérodynamique. La livrée Blu Cepheus avec accents Rosso Mars évoque la Miura Roadster et célèbre le patrimoine Lamborghini, tandis que le capot moteur arrière transparent met le V12 en vitrine.
Technologie utile ou démonstration technique ?
La Fenomeno Roadster joue sur les deux tableaux. D’un côté, elle montre des solutions techniques — matériaux composites avancés, intégration hybride poussée, gestion thermique optimisée — qui peuvent à terme nourrir la R&D des modèles de série. De l’autre, c’est un objet de collection, un manifeste stylistique et commercial : 15 exemplaires, prix astronomique (autour de 5 millions d’euros selon les rumeurs), et une personnalisation quasi infinie.
Usage et clientèle : pour qui et comment ?
Aspects pratiques et logistiques
Ne rêvons pas : la Fenomeno Roadster n’est pas pensée pour être un daily driver. Les dimensions, l’aileron actif, les réglages suspensions « piste » et les pneus semi‑slick en option font d’elle un animal de circuit qui peut toutefois se montrer civilisé sur route. Le confort? Relatif — Lamborghini a néanmoins prévu un aménagement intérieur luxueux et des finitions haut de gamme propres à l’exclusivité du modèle.
Qu’est‑ce que cela signifie pour l’industrie ?
Au‑delà du bling et du titre sensationnel, la Fenomeno Roadster illustre une tendance : les constructeurs de luxe exploitent les technologies hybrides pour repousser les limites de la performance thermique tout en explorant de nouvelles architectures matériaux. Ces expérimentations coûtent cher, mais elles accélèrent l’innovation. Pour la filière, c’est un laboratoire roulant — et pour le public, une vitrine spectaculaire de ce que la mécanique et l’électronique peuvent conjuguer quand l’enjeu est moins la productivité que la démonstration.
La Fenomeno Roadster est donc un cocktail puissant : ingénierie de pointe, esthétisme historique et exclusivité marchande. Un objet hybride entre manifeste technique et œuvre d’art automobile, destiné à n’être possédé que par très peu de collectionneurs — et à faire rêver le reste d’entre nous.

