Plus de contrôles, une formation renforcée : les experts demandent une révolution de la sécurité routière

Le 64e Deutscher Verkehrsgerichtstag a rendu ses conclusions : les spécialistes de la mobilité poussent pour des mesures concrètes visant à réduire les distractions au volant, améliorer la qualité de la formation à la conduite et sanctionner plus tôt l’alcool au guidon. Le message est clair : il ne suffit plus de sensibiliser, il faut agir sur l’organisation, la technologie et la sanction.

Réduire l’usage du téléphone au volant par la technologie et la loi

Les experts recommandent une surveillance beaucoup plus soutenue du téléphone portable au volant. Les « radar‑téléphone » ou monocams, capables de détecter l’usage d’un appareil mobile au volant, sont cités comme outils efficaces pour augmenter la détection et la dissuasion. Mais leur déploiement national exige une base légale unique et claire portée par l’État fédéral afin d’éviter des litiges et des zones de non‑droit.

Sur le plan des sanctions, le discours est ferme : hausse des amendes (propositions entre 250 et 750 euros) et augmentation du prélèvement de points (passage de 1 à 2 points pour les infractions liées au téléphone). L’objectif recherché est simple : rendre l’infraction suffisamment coûteuse pour modifier le comportement.

Repenser l’ergonomie des véhicules pour réduire les interruptions de l’attention

Les experts pointent aussi le rôle des constructeurs. Les systèmes de confort et d’infodivertissement doivent être conçus pour minimiser les sollicitations visuelles et cognitives pendant la conduite. Ils préconisent l’évaluation des interfaces selon leur « impact sécurité » et, si nécessaire, des limitations fonctionnelles en mode conduite (par exemple blocage de certaines fonctions en déplacement).

  • Évaluer ergonomie et menus des systèmes embarqués selon des critères de distraction;
  • Imposer, quand nécessaire, des modes « conduite » limitant l’accès aux fonctions non essentielles;
  • Favoriser des commandes physiques simples et un retour haptique clairement identifiable.
  • Formation : passer d’une logique quantitatif à une logique de qualité

    Sur la formation, les conclusions sont catégoriques : il faut mesurer le progrès des élèves conducteurs et garantir une formation de qualité plutôt que de multiplier les heures sans suivi pédagogique. Les recommandations incluent :

  • La mise en place d’un suivi systématique et traçable du progrès des candidats (évaluations régulières documentées);
  • La réduction ciblée du volume d’exercices d’examen pour se concentrer sur des compétences clés;
  • La combinaison d’une formation en présentiel dispensée par des professionnels et de modules numériques complémentaires — avec un principe : la qualité pédagogique prime sur les économies de coûts.
  • Les experts rejettent en bloc l’extension d’une « formation par des non‑professionnels » (ou formation informelle) et plaident pour des standards homogènes afin d’éviter une hétérogénéité dangereuse des compétences à l’issue de la formation.

    Alcool et vélo : un seuil de tolérance plus bas

    Autre point saillant : la volonté d’intervenir plus tôt contre les cyclistes en état d’ébriété. La proposition est de créer une infraction administrative pour les cyclistes à partir de 1,1 ‰ d’alcoolémie (sans nécessité de démontrer un défaut de conduite). L’amende proposée : 250 euros et un point au permis — avec maintien d’une incrimination pénale à partir de 1,6 ‰. Les experts estiment que cela renforcera la sécurité des usagers vulnérables et la cohérence des règles de circulation.

    Conséquences pratiques et points de vigilance

  • Cadre légal : le déploiement de systèmes automatisés de contrôle nécessite une harmonisation légale, et une garantie de protection des données pour éviter des atteintes aux libertés individuelles.
  • Acceptation sociale : des amendes plus lourdes et une surveillance accrue exigent une communication claire pour éviter un rejet massif par l’opinion publique.
  • Implémentation technique : la limitation de fonctions embarquées pose des questions d’interopérabilité, surtout avec des véhicules déjà en circulation.
  • Formation des moniteurs : la profession devra être soutenue par des programmes de formation continue afin d’appliquer des méthodes d’enseignement modernes et rigoureuses.
  • Vers une politique intégrée de sécurité routière

    Le fil rouge des recommandations est la construction d’une politique intégrée : réglementation, contrôle, conception des véhicules et pédagogie doivent agir de concert. Plutôt que des mesures isolées, ce sont des chaînes d’action coordonnées qui semblent nécessaires pour réduire réellement les accidents liés à la distraction et à l’alcool.

    Ce qu’il faut surveiller

  • L’évolution législative sur l’usage des monocams et la protection des données;
  • Les décisions gouvernementales concernant l’augmentation des sanctions pour usage du téléphone au volant;
  • Les initiatives pilotes sur l’évaluation des systèmes d’infotainment et les limitations en mode conduite;
  • Les expérimentations pédagogiques pour mesurer l’efficacité du suivi de progression des élèves conducteurs.
  • Le verdict des experts du Verkehrsgerichtstag ouvre la porte à des changements concrets — techniques, juridiques et pédagogiques — pour améliorer la sécurité routière. Reste à transformer ces recommandations en mesures opérationnelles, acceptables et efficaces au quotidien.

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