Toyota passe à la vitesse supérieure sur le créneau de l’ultra‑luxe : la marque Century, jusqu’ici cantonnée au Japon, s’apprête à sortir de son marché domestique pour s’implanter progressivement à l’échelle mondiale. Ce mouvement n’est pas un simple ajustement commercial mais un positionnement stratégique de prestige — un message clair : Toyota veut une présence assumée au‑dessus de Lexus, face aux maisons européennes qui dominent l’extrémité haut de gamme du marché.
Une marque symbolique, plus qu’un volume de ventes
Century n’a jamais visé les volumes. Historiquement, cette gamme ultra‑sélecte servait d’icône nationale au Japon : voitures ciselées à la main, clientèle composée de la famille impériale, de hauts responsables et de chefs d’entreprise. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : à peine 500 exemplaires vendus en 2025, loin des volumes des marques premium classiques. Mais l’enjeu n’est pas commercial au sens classique du terme. Il s’agit d’influence, d’image et de prestige. La stratégie de Toyota repose sur l’idée qu’une présence crédible dans la sphère du très haut de gamme renforce l’ensemble du groupe, de l’image de ses produits à l’aura de ses technologies.
Pourquoi maintenant ? Les raisons d’une mondialisation de Century
Plusieurs éléments expliquent le calendrier choisi par Toyota :
Une gamme élargie : berlines, SUV, et SUV‑coupé
Le Century laisse derrière lui l’image d’une berline unique et lance une famille de modèles : outre la limousine traditionnelle, Toyota travaille sur un SUV Century, et même sur une déclinaison SUV‑coupé. Cette diversification permet d’attaquer différentes niches du luxe : la limousine pour l’image et la tradition, le SUV pour la clientèle ultra‑riche qui veut espace et hauteur de conduite. Les prix restent positionnés en dessous des Rolls‑Royce Cullinan ou Bentley Bentayga, mais le Century joue plutôt sur le rapport image / accessibilité relative — une entrée dans le très haut de gamme moins ostentatoire, mais extrêmement soignée.
Production et niveau d’assemblage : artisanat et modernité
Les Century continueront d’afficher un fort taux d’assemblage manuel et de finitions haut de gamme, notamment pour les modèles hautement personnalisés. Toyota mettra en avant l’artisanat japonais, la qualité des matériaux et des finitions, tout en intégrant des technologies de pointe (motorisations hybrides voire électrifiées haut de gamme, assistance de conduite de dernière génération, connectivité et services exclusifs). Le Century‑SUV est annoncé à un tarif de départ équivalent à environ 152 000 €, soit bien en dessous des références britanniques, mais l’objectif du constructeur est la marge et l’image, pas la compétitivité par le prix.
Quelles ambitions commerciales et quelles limites ?
Commercialement, Toyota ne vise pas à concurrencer Rolls‑Royce sur la rareté et le prix extrême. Le but est plutôt d’occuper une strate de prestige accessible, avec des livraisons limitées et un niveau de personnalisation élevé. Ce positionnement pourrait rencontrer des marchés porteurs : États‑Unis, Chine, Moyen‑Orient, où la demande de véhicules luxueux et technologiquement aboutis reste forte. Toutefois, des limites existent :
Impact sur Lexus et la stratégie produit du groupe
Le déploiement international de Century pourrait occuper une place encore plus élevée que Lexus dans la hiérarchie du groupe Toyota. Cela permettra à Lexus de se concentrer sur le haut du premium et de laisser à Century la tâche d’être la vitrine ultime de la marque. Ce double‑badge présente des avantages : clarifier le positionnement pour les clients et éviter que Lexus ne doive pousser sa gamme trop haut. En pratique, cela veut dire que Lexus pourra continuer à développer ses gammes sportives et électriques, tandis que Century prendra en charge la clientèle la plus exclusive, en privilégiant l’artisanat et la personnalisation.
Pour qui est‑ce important ?
Le challenge de Toyota est désormais d’articuler une offre qui soit à la fois exclusive, viable économiquement et convaincante pour une clientèle exigeante. Le Century mondialisé est moins un produit de volume qu’un instrument d’image : si Toyota parvient à lui donner une aura authentique et une qualité d’exécution irréprochable, le pari pourrait renforcer durablement la stature de la marque japonaise parmi les plus grands noms du luxe automobile.
